L’Europe de l’Est n’est pas représentée aux nouveaux postes clés de l’UE

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La répartition des postes clés de l’Union européenne s’est faite sans représentant de l’Europe de l’Est. Ce n’est pas bon signe.

Le coupable est très facile à identifier. C’est le gouvernement du PiS (Droit et Justice), qui s’est rendu au sommet de Bruxelles avec un seul nom dans son calepin. Celui de Frans Timmermans. Le premier ministre Morawiecki n’avait toutefois pas l’intention de le choisir, mais bien de l’écarter de la présidence de la nouvelle Commission européenne.

Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne sortante, a supervisé la procédure disciplinaire lancée à la suite de la violation de l’État de droit en Pologne. Il est – sans exagération – le responsable politique occidental le plus détesté par la droite polonaise.

La mission a réussi puisque plusieurs pays dirigés par le Parti populaire européen (PPE) se sont servi de la résistance polonaise, tchèque et hongroise pour barrer la voie à Timmermans. Leur argument: Timmermans ne peut pas diriger la Commission car il divise l’Europe.

Bien entendu, ce qui les intéressait, ce n’était pas de préserver l’unité de l’Europe, mais d’avoir des démocrates-chrétiens à la tête de la Commission. Et ils ont misé sur leur candidat. À son retour en Pologne, Morawiecki a claironné le succès historique de la diplomatie polonaise.

Aucun poste de l’Union européenne n’est revenu à la Bulgare Krystalina Gueorguieva, alors qu’elle avait été pressentie pour succéder au président du Conseil européen, Donald Tusk. Oubliés, l’ancien chef de la diplomatie slovaque, Maros Sefcovic, la présidente lituanienne, Dalia Grybauskeite, et le président roumain, Klaus Iohanis. Leur nom avait été cité lors des sessions. Mais aucun grand pays ne les a soutenus.

La Pologne, sixième pays de l’Union par sa taille, a défendu les intérêts de la région en partageant la table d’autres grands États. Depuis que le PiS est aux manettes, mon pays ne remplit plus ce rôle. Pas seulement parce qu’il a perdu sa réputation internationale à cause du PiS qui attaque l’indépendance des tribunaux ou bâillonne les médias libres. La diplomatie polonaise, purgée en règle de ses éléments déloyaux, ne fonctionne pas bien. Le fait que Morawiecki n’ait pas défendu la région lors du sommet est en la preuve.

Les autres grands pays ont donc décidé de punir la région. Puisque Varsovie, Prague et Budapest (et, en partie, Bratislava) ont voulu bloquer tout compromis au niveau de la répartition des postes, elles n’ont rien eu. Résultat, ce n’est pas le choix de Timmermans mais son évincement qui a divisé l’Europe. L’équilibre géographique a été mis à mal et le signal que l’Est n’intéresse pas les principaux acteurs de l’Union européenne a été envoyé.

En 2005, pour montrer l’importance de l’Est, Angela Merkel avait, durant les négociations budgétaires, offert 500 millions d’euros à la Pologne, initialement destinés au développement de l’ex-RDA. Cet argent a bénéficié aux régions les plus pauvres de Pologne. Aujourd’hui, l’Ouest semble lassé de l’Est. La France, sous le gouvernement d’Emmanuel Macron, ne cache pas son antipathie envers cette région de l’Europe.

Travailleurs bon marché, corruption, remise en cause de l’État de droit et de la démocratie, autoritarisme rampant – ces problèmes se multiplient depuis des années et rien ne laisse penser que les nouveaux pays de l’Union européenne vont y trouver une solution rapide. Or c’est justement l’intérêt montré par l’Ouest, ses encouragements permanents et parfois ses critiques très dures qui ont poussé les sociétés à évoluer.

L’Ouest doit comprendre qu’on ne peut réduire une société au parti qui la gouverne. La Hongrie ne se résume pas au Fidesz, la République tchèque ne se résume pas au parti Ano, la Pologne ne se résume pas au PiS. Dans chaque pays de l’Europe de l’Est, de nombreux habitants défendent ouvertement l’Union européenne. Il faut les soutenir et non les clouer au pilori. L’absence d’intérêt porté à cette région et sa marginalisation ne font qu’aggraver la situation et creuser les divisions.

Créé: 21.07.2019, 21h56

Bartosz T. Wielinski

Chef de la rubrique internationale à «Gazeta Wyborcza»

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