Étrangler la DDC, c’est affaiblir la Suisse

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S’est-on jamais demandé pourquoi la Direction du développement et de la coopération (DDC) était la plus grosse entité du Département fédéral des affaires étrangères? Et pourquoi la Suisse y consacrera cette année 0,48% de son budget? L’UDC et le PLR y voient une option politique qu’il est temps de changer. Car la coopération et le multilatéralisme seraient des politiques de gauche, trop coûteuses, inutiles, voire néfastes aux intérêts du pays.

La puissance extérieure de la Suisse, c’est la coopération

Une politique extérieure de droite voudrait donc qu’on cesse d’aider sans contrepartie et qu’on garde en tête la seule défense des Suisses. Il faudrait, à écouter les défenseurs de cette ligne, lier l’aide humanitaire à des accords sur la réadmission de migrants, couper des fonds aux organisations internationales et abandonner le cadre multilatéraliste. Les pressions exercées aujourd’hui sur le budget de la DDC procèdent de cette logique. Ceux qui pensent que la Confédération pourrait avoir une telle politique étrangère pourraient bien voir la Suisse connaître le destin de la grenouille de la fable, qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Qui peut croire que la Suisse puisse peser dans ce monde sans disposer de la puissance militaire de pays comme les États-Unis ou même la France et la Russie? Et sans le maillage diplomatique des anciens empires britannique ou français?

En comparant la taille de la DDC à celle de l’armée pour justifier des coupes, Ignazio Cassis, désormais en charge des Affaires étrangères, ne croyait pas si bien dire. La puissance extérieure de la Suisse, c’est son soft power acquis à force de coopération. C’est elle qui donne au pays son image à l’étranger, favorise des négociations qui prennent en compte ses intérêts, garantit la sécurité de ses ressortissants dans bien des endroits de la planète et confirme sa fructueuse politique de neutralité.

La culture protestante suggère que la prospérité ne peut être heureuse sans générosité. Quand l’égoïsme ou le repli sur soi conduisent à un effacement du monde. La Suisse veut compter. Elle occupe une place que des pays plus peuplés pourraient lui envier. Quand Ignazio Cassis semble découvrir avec étonnement le poids de la Genève internationale, on réalise tout à coup à quel point des élus éloignés du bout du lac ignorent de quel instrument ils disposent dans le concert des nations.

Quel sens aurait eu, par exemple, la reconnaissance du Kosovo dès 2008 sans la forte politique de développement et de coopération que la DDC a poursuivie jusqu’à aujourd’hui dans ce pays qui fêtait la semaine dernière sa naissance? On pourrait multiplier les exemples. En s’affirmant sur le long terme comme des spécialistes de la bonne gouvernance, de l’aide d’urgence, de l’aide humanitaire et de la reconstruction, les Suisses disposent d’atouts dans des domaines où bien des grandes puissances ont failli. Faut-il rappeler les échecs américains de l’après-guerre en Irak ou français en Libye?… En multipliant les partenariats avec des privés, la DDC sait aussi trouver de l’argent et ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises du «Swiss made».

En politique étrangère, il est capital d’être constant, de tenir un cap, d’être lisible dans ses choix. Ignazio Cassis devrait y réfléchir à deux fois. En prônant un reset sur les rapports de la Suisse avec l’UE ou sur les moyens de la DDC, il prend un risque. Car un reset ne peut tenir lieu de politique extérieure. À moins d’avoir sauvegardé sa mémoire. (TDG)

Créé: 21.02.2018, 17h16

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