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Esclavage sexuel de nonnes: l’illusion de la pureté pour chasser sa part noire

Selon le pape François, l’esclavage sexuel de nonnes existe. Et si le mal était dans la vocation spirituelle ascétique?

Le pape François a confirmé mardi qu’il y avait eu des cas d’esclavage de nonnes par des prêtres «allant jusqu’à l’esclavage sexuel», dans «certaines congrégations religieuses, particulièrement les nouvelles». Il a évoqué le «courage» du pape Benoît XVI qui avait notamment dissout toute une congrégation de nonnes appartenant à la communauté de Saint-Jean en France en 2005, où des «gestes contraires à la chasteté» perpétrés par l’ancien prêtre-star Marie-Dominique Philippe avaient été officiellement reconnus en 2013. Ces dernières révélations s’ajoutent aux abus pédophiles que l’Église est accusée d'avoir passé sous silence (voir le procès Barbarin) .

Comment expliquer la récurrence de scandales sexuels au sein d’une organisation qui fait justement de la pureté des mœurs le principe de base?

Première hypothèse: le célibat des prêtres est la cause de tous les maux. Les religieux, des hommes parfaitement normaux, ne parviendraient pas à tenir le vœu de chasteté et vireraient abuseurs à force de privation.

Deuxième hypothèse: des prédateurs intègrent justement l’Église pour assouvir leurs penchants dans une institution qui tait les scandales pour ne pas nuire à son image.

Peut-être pouvons-nous imaginer une troisième hypothèse, qui aurait trait à la vocation spirituelle elle-même, quand elle implique un ascétisme particulièrement strict. Il n’est évidemment pas question d’écarter complètement l’existence d'engouement religieux véritablement pieux. En revanche, la chasteté, la pureté et la radicalité spirituelle peuvent être désirables pour des hommes effrayés par leur propre part d’ombre. Devenir prêtre pourrait ainsi être envisagé comme la garantie d’une bonne conduite, assurant la mise sous scellés d’une sexualité non assumée.

Également présente chez des gourous spirituels (que l’on se rappelle le scandale sexuel de la secte NXIVM) ou des célébrités prônant publiquement une pureté des mœurs (comme Tariq Ramadan), cette dualité n’est pas l’apanage de quelques esprits torturés. Tous ceux qui ont déjà essayé de suivre un régime connaissent bien cette tentation de la radicalité: plus on se blâme d’avoir cédé à sa gourmandise, plus on s’impose un régime strict impossible à tenir.

Dans les communautés fermées en revanche s’ajoute aussi l’effet de groupe: voilà que devenu frère, on se retrouve avec des hommes qui ont le même problème que nous, problème qui les a justement fait embrasser la profession. Ainsi, on se laisse entraîner comme les autres dans la «faute» – qui ressurgit évidemment de manière bien plus forte lorsqu’elle a été refoulée – un peu comme les djihadistes qui se radicalisent en prison.

Si l’Église reconnaissait cette troisième hypothèse comme valable, elle aurait un énorme travail à faire sur l'ordination des prêtres – pourquoi pas couplée avec un examen psychologique laïc – sur le célibat, la chasteté, le rapport au corps et l'égalité hommes-femmes.

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