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L'épreuve de vérité pour nos sociétés

L’humanité est à un tournant. En tout autre moment, la formule aurait paru pompeuse, présomptueuse. Aujourd’hui, elle reflète une réalité. D’un côté, le scénario du pire, celui d’une planète qui sombre dans le chaos durable. De l’autre, la perspective encourageante que le monde des hommes tire quelques bonnes leçons de l’infernale guerre contre le Covid-19 pour, qu’en bout de course, les peuples optent en faveur d’un mode de vie solidaire, respectueux de nos écosystèmes et déterminé à assouvir en priorité nos besoins fondamentaux.

C’est un peu l’espoir de Nicolas Hulot. Dans une interview à BFMTV vue plus de 500'000 fois sur les réseaux sociaux, il affirme: «Nous recevons une sorte d’ultimatum de la nature Que nous puissions l’entendre pour une fois.» Et d’envisager un monde meilleur, plus raisonnable, équilibré et expurgé d’une mondialisation à outrance qui aurait creusé nos tombes.

Mettons un peu d’ordre dans ces ruminations existentielles alors qu’on s’approche du point d’incandescence. Premier constat: personne ne sait dans quel état nous laissera ce combat. Sortons, mentalement au moins, de notre confinement. Ce que vit la Suisse, et plus généralement l’Europe, constitue une «crisette» en regard du tsunami qui peut littéralement effacer des pays en voie de développement, y compris certains des BRICS. Un milliard trois cent mille Indiens ont été placés en confinement voilà deux jours. Peu de morts pour l’instant. Mais l’entassement des populations dans les mégalopoles, la promiscuité de familles où trois, voire quatre générations vivent sous le même toit, les manques criants du système hospitalier constituent des circonstances qui pourraient transformer l’Inde en un champ de ruines. Un atout: la jeunesse de sa population, plus résistante au Covid-19. Paramètres semblables en Afrique, où le coronavirus, avançant par le nord (Maghreb) et par le sud (Afrique du Sud), prend le continent noir en tenailles. Si ces deux régions s’effondrent, il n’y a plus de scénarios qui tiennent. Même la sécurité alimentaire sera menacée.

Donc oui, espérons avec Nicolas Hulot que le monde de demain sera meilleur. À vues humaines, on craint pourtant qu’il n’en prenne pas vraiment le chemin. On le voit sous nos latitudes. Après une belle trêve et de fantastiques élans de solidarité, le naturel revient au galop: chacun pour soi et surtout chaque État, derrière un vernis d’entraide, se replie sur la préservation sans concession de ses intérêts, ainsi qu’en témoignent les combats pour les respirateurs ou pour le brevet d’un éventuel futur vaccin. La coopération internationale est plus vitale que jamais, théoriquement, c’est incontestable. Pourtant, les États se barricadent les uns après les autres, dans tous les sens du terme, les stratégies et moyens de lutte divergent singulièrement, alimentant une critique insidieuse et peu diplomatique.

Avant que le désastre ne soit acté, on cherche déjà des responsables. En France, diverses procédures sont prêtes pour que soit engagée la responsabilité d’un gouvernement jugé désinvolte. Aux États-Unis, Trump poursuit son consternant show égotique. En Suisse, l’état d’urgence a court-circuité, en toute légalité, une partie du processus démocratique. Le parlement est ravalé au rang de spectateur tandis que le Conseil fédéral se dote de pouvoirs extraordinaires. Les crispations sont palpables.

Le moment crucial se jouera après la crise, quand on aura déterminé l’ampleur des dégâts. Alors, nous aurons les cartes en main pour prendre nos décisions. C’est à ce moment-là que l’on mesurera pleinement le sens des responsabilités de nos gouvernements, la solidité de notre démocratie et le réel esprit de solidarité de la population. Après l’obligation de distanciation sociale, il faudra serrer les rangs avec l’intérêt commun en seul point de mire. Là, on verra et on saura de quel bois nous sommes faits.

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