Pour ou contre l’engagement du Canton en faveur de la Comédie?

Face-à-faceLe 29 septembre dernier, la Commission des travaux du Grand Conseil a refusé d’entrer en matière sur le crédit de 45 millions de francs en faveur de la Nouvelle Comédie. Guy Mettan aurait voulu aller de l’avant et pas Bénédicte Montant. Chacun explique son point de vue.

Image: Dessin Herrmann

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Comédie: une tentative de meurtre

Par Guy Mettan, député PDC, membre de la commission des travaux

Fin septembre, on a donc pu assister à une tentative de meurtre contre la Comédie, lorsque la Commission des travaux du Grand Conseil a refusé d’entrer en matière sur un cofinancement de 45 millions de francs. D’un côté, une droite hostile à la Ville et rétive à la culture, et de l’autre une gauche qui voulait passer l’obstacle à tout prix, quelles que soient les conséquences. Résultat: un méchant coup porté au projet de nouvelle Comédie. Mais heureusement, le processus vital n’est pas engagé, comme on dit dans le langage médical. Du moins pas encore.

Sur le fond, personne ne conteste l’utilité artistique et urbanistique du projet. Tous les milieux artistiques, à l’exception des défenseurs du Théâtre de Carouge peut-être, sont d’accord pour affirmer qu’un espace de création théâtrale moderne est vital pour une métropole internationale comme Genève. Et chacun convient que l’emplacement choisi, au cœur de la nouvelle gare des Eaux-Vives, et l’option architecturale retenue en feront l’un des joyaux du futur Léman Express.

«Le projet de la Nouvelle Comédie est trop sérieux pour qu’on le joue à pile ou face.»

On ne peut imaginer que Genève, après avoir dépensé un milliard et demi pour le CEVA, laisse une friche, un trou béant au cœur de la ville juste par aveuglement de ses élus. Dès lors, comment sauver le projet? Tout d’abord, constatant les rapports de force, il aurait mieux vallu accepter l’ajournement du vote, ce qui aurait permis de perdre moins de temps.

Car il faudra maintenant de huit mois à une année pour aller devant le Grand Conseil, renvoyer le projet en commission, l’examiner et le voter de façon définitive. Difficile de comprendre le refus de la gauche, qui pourtant insistait sur l’urgence à ouvrir le chantier dès l’an prochain. Quant à la droite, et notamment au PLR, qui a déclenché la crise en insistant pour lier son vote au projet de désenchevêtrement des tâches entre l’Etat et la Ville, il va devoir rapidement se positionner et prendre ses responsabilités.

A priori, ses exigences ne sont pas absurdes car il est légitime que, suivant la répartition des tâches qui sera décidée, le Canton ne passe pas deux fois à la caisse. Mais il aurait été possible d’entrer en matière, de demander les éclaircissements nécessaires et de voter ensuite le projet de loi sans créer ce psychodrame et ces retards inutiles. Le projet de la Nouvelle Comédie est trop sérieux pour qu’on le joue à pile ou face, selon la fantaisie des uns et des autres. Il va falloir s’en souvenir.


Un beau bâtiment ne suffit pas

Par Bénédicte Montant, députée PLR, architecte, présidente de la commission des travaux

L’agitation qui fait suite à la prise de position du PLR en Commission des travaux du Grand Conseil, à propos du projet de la Nouvelle Comédie, laisse de côté les vrais enjeux. Les véritables enjeux sont les suivants: Genève a-t-elle besoin d’une scène d’art dramatique de qualité? Si oui, pourquoi? Et comment y parvenir?

Oui, Genève a besoin d’une scène d’art dramatique de qualité. Non par orgueil ou simplement parce que chaque ville veut en avoir une. Mais parce que, dans un canton de bientôt un demi-million d’habitants, au cœur d’une région qui en compte le double, un lieu de culture, de critique, de réflexion, de partage aussi est indispensable.

«Rappelons que 45 millions de francs – l’argent du contribuable – ce n’est pas rien.»

Nous vivons dans une région privilégiée, avec près des deux tiers de la population qui sont soit citoyens d’autres cantons, soit d’autres pays. Cette diversité nous enrichit. Mais pour créer du lien dans cette diversité, nous avons besoin de construire chaque jour une culture commune. C’est à cela que doit servir la Comédie – comme le Musée d’art et d’histoire, le Musée d’ethnographie, le Grand Théâtre. Or un beau bâtiment ne suffit pas pour faire un lieu de culture. Il aura surtout besoin de stabilité et de liberté. Voilà pourquoi il nous importe de savoir qui aura la responsabilité, demain, de faire vivre ce théâtre. La Ville? Le Canton? Qu’importe. Mais pas les deux! Pourquoi? Parce qu’une institution sera toujours fragilisée si elle dépend de deux maîtres différents. Car aucun des deux ne s’en sentira vraiment responsable.

Chacun pourra, lorsque les difficultés budgétaires surviendront, diminuer son aide en se défaussant sur l’autre. Et ainsi, à chaque vote du budget, les acteurs culturels passeront plus de temps à trembler pour leurs ressources, qu’à vibrer pour leurs projets. Nous savons que le Canton et la Ville sont à bout touchant d’une répartition des tâches en matière culturelle. Mais nous ne savons pas laquelle. Nous avons sollicité un report de la décision de trois ou quatre semaines, histoire de laisser au Canton et à la Ville le temps de se mettre d’accord. Ensuite, lorsque les choses seront claires, nous pourrons voter.

Mais rappelons que 45 millions de francs – l’argent du contribuable – ce n’est pas rien. Encore moins lorsque le Canton, exsangue, n’arrive pas à réunir la même somme pour rénover un cycle d’orientation. Alors il est clair que, si nous n’avons aucune garantie que ce futur théâtre soit géré de manière à lui donner les chances de réussir, nous n’accepterons pas cette dépense. Car il est vraisemblable que le peuple soit amené à se prononcer sur ce crédit. Nous ne pourrons le soutenir que si nous avons les garanties que cet investissement permette, réellement, l’émergence d’un lieu de culture – et pas seulement d’un bâtiment séduisant. (TDG)

Créé: 13.10.2015, 17h53

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