Eh bien, remplissons la baignoire CPEG…

Chronique économique

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L’un des chapitres les plus difficiles de tout programme politique à Genève est la réforme de la prévoyance, lire l’assainissement, inévitable mais horriblement coûteux, de la caisse de pension du personnel de l’État. Née en 2013 de la fusion de la CEH et de la CIA, la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG) a en effet hérité des défauts de l’une et des trop maigres vertus de l’autre. Aggravé par les effets du plan d’encouragement au départ anticipé (Plend) mis en place dans le but final de réduire une masse salariale qui n’en finissait pas de grossir, le déséquilibre entre assurés actifs (désormais insuffisamment nombreux) et bénéficiaires de rentes (en trop rapide augmentation) a persisté et s’est même aggravé au fur et à mesure de la détérioration de la structure d’âge. Résultat, les opérations de renflouement se sont succédé à coups de centaines de millions et bientôt de milliards sans que jamais l’on n’aperçoive, comme on dit, le bout du tunnel.

Le taux de couverture de la CPEG envers les assurés actifs est, lui, égal à zéro…

Lorsque la CPEG était encore présidée par un représentant de l’employeur en la personne du directeur général des finances de l’État (ce que l’on en vint hélas, mais à assez juste titre, à considérer comme débouchant sur un conflit d’intérêts), sa lettre d’information semestrielle s’ouvrait sur un «message du président» qui livrait sans détour des chiffres éloquents sur la situation réelle de l’institution. Ainsi, alors qu’au 31 décembre 2015 le degré de couverture de la caisse, de 59,8%, satisfaisait à peu près aux exigences légales, sa fortune couvrait tout juste les engagements envers les pensionnés, de sorte que le taux de couverture envers les assurés actifs était, lui, égal à zéro. La CPEG était ainsi, et demeure, la caisse cantonale la plus faiblement capitalisée de Suisse.

Un malheur n’arrivant jamais seul, le bas niveau persistant des taux d’intérêt a eu depuis lors pour effet mécanique d’alourdir encore les engagements de la caisse, et finalement de conduire son expert agréé (toutes les institutions de prévoyance en ont un) à recommander au comité d’abaisser le taux technique de 0,5%, et dans la foulée «de réduire de l’ordre de 20% les prestations futures aux assurés actuellement en emploi». En juin 2017, le nouveau représentant de l’employeur à la tête de la caisse confirme la fragilité de la situation: le taux de couverture n’est plus que de 57,4%, toujours le plus bas de Suisse, alors qu’un taux de 60% au moins devrait être atteint au 1er janvier 2020, «objectif irréalisable dans les conditions actuelles». Pour rappel, la loi fédérale impose aux institutions publiques de prévoyance d’atteindre un taux d’au moins 80% en 2052, le taux de 60% marquant une simple étape sur le «chemin de croissance» fixé lors de la création de la CPEG.

Lorsque la présidence du comité de la caisse passe à un représentant des assurés, il n’est plus beaucoup question de ces désagréments dans la lettre d’information de la CPEG. Mais les faits sont têtus, et il faudra bien d’une manière ou d’une autre procéder de nouveau au remplissage d’une «baignoire qui se vide», pour reprendre les mots d’un ex-candidat malheureux au Conseil d’État. Diverses idées, y compris les plus farfelues, circulent sur la manière de faire, mais elles ne changeront rien à la nécessité, croissant avec le temps, de remédier aux défauts structurels de l’objet, à savoir le périmètre, surdimensionné, des prestations aujourd’hui encore garanties.

(TDG)

Créé: 08.05.2018, 12h21

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