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L’économie sociale de marché reprend-t-elle du service ?

En saluant l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la France, Madame Merkel a fait une référence appuyée à «l’économie sociale de marché» qu’elle voit comme modèle pour l’Europe de demain. L’axe franco-allemand est sorti renforcé des élections du week-end dernier, et la Chancelière s’empresse ainsi de lui donner un contour concret, l’histoire d’arrimer son jeune collègue français à un projet qui lui tient à cœur et qu’elle pense être suffisamment fédérateur pour plaire aussi bien à la galaxie des sympathisants de Macron qui a besoin encore de passer le cap des législatives de juin et à ses propres électeurs. En effet, avec «l’économie sociale de marché», Mme Merkel espère occuper le centre et réduire l’espace laissé aux sociaux-démocrates.

En effet, «l’économie sociale de marché» a gardé un fort pouvoir évocateur en Allemagne – bien plus fort qu’en France ou en Suisse – où le terme renvoi directement à la reconstruction et au miracle économique et social allemand de l’après-guerre. Soit dit en passant, un des pères de la conception de l’économie sociale de marché et de ses bases philosophiques – Wilhelm Röpke ((1899-1966) a été pendant de nombreuses années professeur à Genève.

«L’économie sociale de marché a gardé un fort pouvoir évocateur en Allemagne – bien plus fort qu’en France ou en Suisse»

Pour Röpke et ses collègues, la vertu centrale de l’économie de marché est la liberté dont elle est porteuse. Il voit dans l’efficacité la conséquence de la liberté et on l’inverse. Pour cette école de pensée, le marché n’est pas une émanation de la nature, mais une institution fragile qui doit être protégée par une politique forte de la concurrence capable de juguler les tendances naturelles au gigantisme et aux positions dominantes. Un volet social complète le dispositif dont l’objectif est plus la qualité de vie que le niveau de vie au sens purement comptable du terme.

Depuis dix ans, l’idée de l’économie sociale de marché a perdu en clarté parce qu’elle a été requalifiée par le traité de Lisbonne (2007) en économie ”sociale de marché hautement compétitive” laquelle serait un des fondements, parmi d’autres, du développement de l’Europe. Le retour aux sources du modèle que pourrait amorcer le tandem Merkel-Macron, signifierait que dans l’Europe de l’après Brexit la priorité reviendrait davantage au social et au politique qu’au libre-échange et à la course à la compétitivité. Une telle évolution pourrait réduire (encore) la marge de manœuvre de la diplomatie suisse.

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