Droit au logement: Damien Chervaz face à Christophe Aumeunier

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A la veille de son 75e anniversaire, l’Asloca s’associe ce samedi à une quarantaine d’associations de gauche dans une manifestation pour le droit à la ville et le droit au logement. Toutes réclament des logements abordables. L'occasion de confronter les avis de Damien Chervaz, avocat à l’Asloca et de Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière.

Une disposition restée lettre morte

Damien Chervaz, avocat à l’Asloca

En garantissant en 2012 le droit au logement dans sa Constitution et en précisant que «toute personne dans le besoin a le droit d’être logée de manière appropriée», le Canton de Genève rappelait que le logement n’est pas une simple marchandise abandonnée à la main invisible du marché (et donc à la spéculation).

Il s’agit bien d’un besoin fondamental de tout individu. En tant que tel et comme tout droit, il doit être respecté, protégé et mis en œuvre par les autorités, qui en répondent envers les habitants. Cinq ans après l’adoption de cette disposition, force est de constater qu’elle reste lettre morte et que la situation des locataires est des plus mauvaises.

Plus de 8000 personnes sont inscrites à l’Office cantonal du logement dans l’attente d’un logement social, sans compter les demandes de logements abordables émanant surtout de la classe moyenne.

Les milieux immobiliers accusent la pénurie… et la gauche, qui empêcherait tout projet de construction. Pourtant, on construit: des appartements et des villas à vendre. Inaccessibles à la très large majorité de la population, ces biens supplantent la construction de logements abordables dont a urgemment besoin la majorité de ceux qui vivent à Genève et la font vivre.

Meilleur outil du lobby immobilier, la pénurie a dès lors bon dos. Elle permet à quelques nantis de spéculer sans limites sur le toit des 82% d’habitants du Canton que constituent les locataires.

Ceux qui ont la «chance» de s’être vu attribuer un logement voient ainsi leurs loyers prendre l’ascenseur, ce malgré les baisses successives du taux hypothécaire, qui justifieraient des diminutions conséquentes.

Le loyer représente de loin la charge la plus importante du budget de la plupart des ménages, qui ne peuvent souvent plus y faire face sans entamer d’autres de leurs besoins fondamentaux ou simplement leur pouvoir d’achat.

Mais tout cela n’est pas une fatalité. Dès lors, pour que le droit au logement ne soit plus une coquille vide, pour que chacune et chacun puisse vivre dignement dans un logement approprié, pour que l’Etat mette en œuvre une réelle politique sociale du logement répondant aux besoins légitimes de la population et pour que, une fois pour toutes, l’on cesse de spéculer sur l’ensemble des besoins fondamentaux des individus, l’Asloca invite à venir manifester ce 7 octobre à 17 heures depuis la place des Vingt-Deux-Cantons.

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Le droit au logement est effectif à Genève

Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière

Le droit au logement est garanti par notre Constitution, il prévoit que toute personne dans le besoin soit logée de manière appropriée. Ce droit est largement mis en œuvre. Ceux qui sont dans le besoin disposent de logements, le plus souvent confortables. D’ailleurs, Genève consacre la part financière qui est la plus importante de tous les cantons suisses pour le logement.

Le système a largement fait ses preuves. Dépassant le cadre du droit constitutionnel, il faut remarquer que la situation sur le marché du logement genevois s’améliore. L’accord historique sur le logement de 2006 porte ses fruits. Rappelons que ce texte avait pour but de relancer le processus de construction de logements.

Ainsi, après l’adoption de ces nouvelles règles et après une petite dizaine d’années – car vous le savez, à Genève, il faut malheureusement une décennie pour voir aboutir un projet – le nombre de nouveaux logements construits chaque année a doublé! L’on est en effet passé d’environ 1000 nouveaux logements construits à environ 2000 par an. Le parc de logements répond de mieux en mieux à la demande des Genevois. Il s’agit donc de maintenir et soutenir cette production de nouveaux logements, la seule susceptible d’atteindre la satisfaction des besoins dans toutes leur diversité.

L’Etat dispose aujourd’hui d’une possibilité inespérée de voir le nombre de logements s’accroître significativement, sans intervention financière de sa part. La demande de PPE est incroyablement forte et reste largement insatisfaite (pour chaque appartement vendu, plus de dix dossiers ont été déposés), ce qui atteste que la mobilisation de fonds propres en suffisance est rarement problématique pour ceux qui souhaitent faire ce choix. Ainsi, la réalisation d’un nombre suffisant de logements en PPE à destination de la classe moyenne (les frais mensuels relatifs sont souvent moins élevés qu’un loyer) pourrait fortement dynamiser la situation.

Elle permettrait de libérer des appartements loués jusqu’alors. Tout en continuant à construire un nombre raisonnable de logements sociaux dont nous avons aussi besoin, l’accroissement du nombre de logements se ferait au profit de tous. Certains encore avides de soutiens électoraux issus de la politique du logement souhaitent réalimenter une guerre d’un autre âge. N’y cédons pas, car nous pouvons raisonnablement croire en une embellie significative sur le marché du logement ces prochains mois.

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Créé: 07.10.2017, 13h36

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