Double nationalité, mais simple honte

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Et si on lançait un débat bien inutile, qui donnerait à la rentrée politique suisse des accents nauséabonds? Ne cherchez plus, c’est fait, et plutôt deux fois qu’une.

Tour à tour, deux candidats à la candidature au ticket PLR pour le Conseil fédéral – Pierre Maudet et Ignazio Cassis – ont remis en cause le principe de la double nationalité en Suisse. Le Genevois, qui possède aussi un passeport français, a évoqué la possibilité de l’abandonner (temporairement) s’il était élu au gouvernement. Le Tessinois, Italien de naissance naturalisé suisse, est allé plus loin, en annonçant qu’il renonçait à son passeport transalpin. «Un choix personnel», a-t-il justifié urbi et orbi.

Cela n’a pas gêné jusqu’ici ces deux hommes politiques pour grader dans l’armée suisse. Et comme tant d’autres Suisses (près d’un quart de la population!) qui marient avec bonheur leurs origines, la question de leur allégeance n’a jamais fait un pli.

Car la Suisse, comme de nombreux autres Etats, est libérale sur ce point. Elle naturalise relativement peu, à travers une procédure sévère, mais elle accepte la coexistence des nationalités, dûment inscrite dans la Constitution depuis vingt-cinq ans. Cela tient beaucoup à l’histoire d’un pays qui s’est construit comme terre d’accueil, et qui a fait de l’exil des autres une richesse, en intégrant de manière remarquable les apports extérieurs.

Sur le plan politique, ce principe s’exprime de manière spectaculaire avec les représentants politiques vaudois, par exemple, où les origines bigarrées et la double nationalité sont légion. Et au niveau fédéral, la logique est si bien intégrée qu’elle a été étendue aux ambassadeurs, qui peuvent eux aussi avoir deux nationalités.

Un conseiller fédéral prête serment sur la Constitution suisse. Cet engagement suffit. Après, les actes parlent. Et le collège gouvernemental dispose des instruments nécessaires pour agir s’il constate un conflit d’intérêts. Entrer dans une logique d’exception pour le Conseil fédéral, c’est déroger au principe d’équité des citoyens suisses. C’est aussi accepter le jeu d’un nationalisme étriqué et dangereux.

Ce débat aux relents d’épuration ethnique est une honte pour la démocratie suisse.

Créé: 28.08.2017, 19h55

Thierry Meyer

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