La dette, pas si bonne pour la croissance

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Des économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) viennent de découvrir quelque chose de peu rassurant: une augmentation de l’endettement des ménages plus rapide que celle du produit intérieur brut (PIB) tendrait à la longue à freiner la croissance, même si dans l’immédiat, à la manière d’une drogue si l’on peut dire, cette augmentation serait légèrement stimulante.

Selon les calculs des chercheurs, un ratio dette privée/PIB supérieur à 80% accentuerait cet effet de freinage, chaque point de pourcentage d’augmentation dudit ratio entraînant à terme une baisse de 0,1% de la croissance. Cela peut paraître négligeable, mais ne l’est pas tout à fait dans le cas de la Suisse, dont le taux d’endettement des ménages, essentiellement hypothécaire, bat tous les records, puisqu’il frise actuellement les 120% du PIB (contre une moyenne de 80% pour les pays les plus avancés), alors qu’il n’était «que» de 100% il y a dix ans. Peu de pays ont enregistré une progression aussi rapide de la dette privée. Il n’y a guère que la Suède à avoir fait encore mieux.

On connaît les raisons de cet emballement de l’endettement hypothécaire en Suisse: un fort désir d’accession à la propriété de son logement (quoi qu’il se raconte dans certains milieux politiques genevois), un niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt, une incitation fiscale – à rebours du bon sens – au non-remboursement de la dette, et last but not least, une concurrence exacerbée entre des banques résolues à accroître coûte que coûte leur part de marché dans l’un des rares, sinon le seul, secteur encore lucratif du crédit.

Tout cela n’a rien d’innocent. On peut ne pas s’effaroucher de la perspective d’une légère décrue du PIB, même si une croissance inférieure de 1 ou 2% dans quelques années (si l’on suit les calculs de la BRI) se traduira par une bonne dizaine de milliards de francs en moins dans les comptes privés et publics. En revanche, les risques liés à une croissance hors norme de la dette des ménages suisses, quelque positive – et même très largement positive – que reste malgré tout leur situation nette de fortune, ne devraient pas être sous-estimés. Car les effets multiplicateurs de la baisse des taux d’intérêt sur les prix de l’immobilier joueront exactement de la même manière en sens inverse lorsque les taux remonteront, ce que l’on commence à observer un peu partout. Seul élément réconfortant, la hausse des prix de l’immobilier résidentiel depuis 1995, année de base d’une statistique récoltée par cette même BRI, est nettement moins marquée en Suisse (+55%) que dans la plupart des autres pays, Allemagne (+18%) et Japon (–33%) exceptés.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la Banque nationale suisse surveille le marché hypothécaire avec la plus grande attention, et que les derniers niveaux atteints par le «Bubble Index» d’UBS le maintiennent dans une zone à risque, avec ce facteur légèrement aggravant que les prix de la propriété du logement ont continué d’augmenter tandis que les revenus des ménages n’ont pratiquement pas bougé. Commentaire de la grande banque: «Actuellement, il faut près de 6,3 revenus de ménages annuels pour acquérir un logement dans un segment de prix moyen. La moyenne à long terme est de 5,3 revenus annuels.» Dans ce sobre rapprochement, tout est dit.

Créé: 08.02.2017, 20h00

Marian Stepczynski

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