Accord-cadre Suisse-UE: derrière les huit jours, un choix de société

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En commentant l’avènement des «gilets jaunes» en France, le sociologue Geoffroy de Lagasnerie analysait justement qu’il ne s’agissait pas d’une révolte contre «l’Europe», concept abstrait et trop éloigné des gens. Le mouvement est l’expression du refus de choix politiques très concrets qui créent, au quotidien, de la violence et de l’insécurité sociale. Il est ainsi une «expression de la lutte des classes».

Le rappel de l’existence d’une société divisée en classes a au moins deux vertus. La première, c’est de reconnaître, à l’instar de l’écrivain Edouard Louis, qu’un mouvement social ouvre la possibilité «que ceux qui souffrent ne disent plus: «Je souffre à cause de l’immigration et de ma voisine qui touche des aides sociales», mais: «Je souffre à cause de ceux qui gouvernent.» La deuxième, c’est qu’il dévoile le mépris de classe avec lequel les dominants réagissent à toute contestation, en la qualifiant de populiste et réactionnaire. Certes, ils ne subissent pas les effets de leurs choix d’augmenter l’âge de la retraite, de baisser le pouvoir d’achat ou de démanteler les prestations sociales. Mais ce sont bien ces choix-là qui ont poussé de nombreux salariés à voter l’extrême-droite.

Ces mêmes fractures apparaissent aujourd’hui en Suisse autour de l’accord-cadre avec l’UE. Cet accord, qui exige de la Suisse de démanteler ses protections salariales afin de pérenniser l’accès aux marchés européens pour les entreprises suisses, est applaudi des deux mains par les milieux patronaux. Et pour cause: les mesures d’accompagnement sont parmi les rares avancées dont ont bénéficié les salariés ces dernières années. Elles ont toujours été dans le collimateur de certains employeurs.

Depuis que les syndicats ont annoncé leur opposition, ils font l’objet d’une virulente campagne qui les accuse de faire le lit de l’UDC et de son initiative contre la libre circulation des personnes. Or, faire croire que les termes du débat se posent entre «la fermeture» et «l’ouverture» de la Suisse, c’est occulter les effets de cet accord sur les travailleurs. Réduire de huit à quatre jours le délai d’annonce pour le personnel détaché revient à entraver la surveillance de leurs conditions de travail, avec un impact évident sur la structure de l’emploi et des salaires. Vouloir soumettre les contrôles d’entreprises à la Cour européenne, qui vient de contraindre l’Autriche à en réduire la portée, livrera des dizaines de milliers de salariés à une concurrence effrénée. On est donc bel et bien confronté à un «projet de classe», dont le but est de baisser le coût de la main-d’œuvre en Suisse.

Or, ne pas reconnaître qu’un moindre glissement salarial fera grossir les rangs de l’UDC est aussi bête que de taxer de réactionnaires les forces syndicales qui s’y opposent. Les salariés ont besoin de plus de sécurité d’emploi et de salaire, pas de moins. C’est un choix de société, dont le refus de l’accord-cadre avec l’UE est le préalable.

Créé: 21.01.2019, 21h31

? Ce 25 janvier, Unia organise un débat sur «la libre circulation des personnes» avec Vania Alleva, présidente Unia, Pierre-Yves Maillard, président désigné USS, Manuela Cattani, SIT. 19 h à l’Université Ouvrière de Genève, Place des Grottes 3


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...