Un défi pour la Suisse: réinventer la croissance

Chronique

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Si vous aviez besoin d’un petit remontant pour bien commencer l’année et vous convaincre que le monde se portera mieux demain, c’est raté. L’état de l’économie planétaire et de ses perspectives dressé par la CNUCED à Genève dans son rapport annuel publié jeudi soir est sans appel: en 2019, la croissance du produit brut mondial est tombée au plus bas depuis la crise financière globale de 2008-2009, soit 2,3%. Ajoutons à cela des inégalités croissantes ainsi qu’une crise climatique de plus en plus oppressante et le tableau s’assombrit d’autant. Et ne comptez pas sur 2020 pour rattraper le coup. Dans le meilleur des cas, on pourrait assister à un petit sursaut de +0,2%. L’économiste Richard Kozul-Wright, chef de la division globalisation et développement stratégique de la CNUCED, insiste: «Les risques de rechute sont importants. Vingt ans après la crise, on échoue toujours et encore à transformer les rebonds en une économie robuste et durable.»

À chaque fois, les espoirs sont déçus. Peu de chances donc que le miracle se produise en 2020. Il faut reconnaître que la tâche des prévisionnistes est particulièrement délicate en cette époque de grande instabilité. Car qui dit instabilité dit incertitude, et donc prudence et investissements anémiques. «La forte demande pour des obligations souveraines à rendement négatif donne à penser que de nombreux investisseurs sont plus disposés à subir de légères pertes qu’à procéder à des investissements productifs», relève le rapport. Traduction: les investisseurs préfèrent perdre un peu d’argent à coup sûr plutôt que de prendre le risque de jouer à la roulette russe. Le capital est abondant et bon marché, mais il ne sert pas la croissance.

Et alors, est-on tenté de dire? N’est-ce pas justement cette course à la croissance immodérée qui pose problème? Pourquoi les économistes du monde entier continuent-ils de prendre la croissance du PIB comme indice de référence absolu? Que vaut une «belle» croissance si les inégalités annulent les bénéfices d’une hausse du PIB pour une large part de la population? Richard Kozul-Wright reconnaît pleinement cette limite de l’indicateur PIB, qui doit être pondéré par le facteur de redistribution équitable. Toutefois, à l’inverse, la croissance zéro, remise au goût du jour par les «alter», ne garantit évidemment en rien l’équité, la qualité et la durabilité de l’économie. Tirer le frein ne sauvera ni la planète ni nos sociétés. Voilà qui achève d’assombrir le tableau. Le modèle de l’économie durable reste à inventer.

La Suisse est le parfait candidat pour relever ce défi. Quelle autre banque centrale sinon la BNS dispose en fin d’année d’un excédent de près de 50 milliards? De même, la Confédération dégage chaque année des bénéfices mirobolants, toujours plus élevés que ceux escomptés. La Suisse est aussi l’un des pays les plus faiblement endettés du monde et elle fait partie des pays les plus innovateurs. Elle possède des hautes écoles ultraperformantes et souffre d’inégalités modérées en comparaison internationale. Aucun doute que c’est l’un des États les mieux armés de la planète pour se lancer dans l’expérience d’une promotion massive et radicale afin de créer le laboratoire grandeur nature de la nouvelle économie intégrant à la fois la réponse au défi climatique et la résorption des inégalités. Il y a un risque, certes. Mais, à long terme, le potentiel de retour sur investissement est gigantesque.

D’ici à la fin de l’année, l’ensemble des États signataires de l’Accord de Paris devra présenter sa stratégie climatique 2050. Le Conseil fédéral a déjà révisé ses objectifs en visant l’émission «zéro carbone» à cette échéance. Bravo! Berne fera comme souvent partie des bons élèves de la classe. Mais aujourd’hui, la Suisse doit oser le pas de plus en se posant en précurseur du marché de demain. Un marché à la fois éthique, productif, social et juteux, celui d’une économie véritablement responsable. La Suisse, championne de l’innovation, devrait saisir sa chance.

Créé: 17.01.2020, 07h32

Pierre Ruetschi

Journaliste, directeur du Club suisse de la Presse

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