Le cycle du porc, vous vous souvenez?

Marian Stepczynski

Marian Stepczynski Image: Pierre Albouy

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Dans les années vingt, un économiste allemand s’était intéressé aux fluctuations des prix du porc, et en avait déduit qu’elles s’expliquaient en bonne partie par les variations des quantités produites, dépendant à leur tour des prévisions établies par les éleveurs quant à l’évolution future des prix. Le décalage qui en résultait entre l’offre et la demande dessinait une sorte de toile d’araignée caractéristique de l’évolution des prix sur beaucoup de marchés de matières premières, qu’elles soient agricoles ou industrielles : une hausse des cours, déclenchée par une augmentation de la demande, entraînait avec un certain décalage (le temps d’élever davantage de cochons, d’ouvrir de nouvelles mines, de forer de nouveaux puits) un relèvement des quantités offertes, qui arrivaient sur le marché après que la demande, découragée par les prix plus élevés, s’en était détournée. Du coup, les cours retombaient, conduisant bon nombre d’éleveurs de cochons ou de compagnies minières à abandonner leur activité, alors que la demande, vu les prix plus bas, repartait à la hausse, et ainsi de suite. Le cycle du porc, ainsi qu’on le nomma, était entré dans le bagage de la théorie économique, et continue de caractériser l’évolution des cours sur les marchés de la plupart des produits de base, à commencer par celui du pétrole brut. Rappelons-nous des conditions qui régnaient, au début des années septante, sur le marché pétrolier mondial et l’économie en général. L’inflation sévissait, la demande dépassant partout les quantités produites. Réunis en cartel international, et profitant de ce déséquilibre marqué entre offre et demande, les principaux pays producteurs de pétrole s’entendirent pour contingenter leur production et provoquer ainsi, à deux reprises espacées d’à peine six ans, une multiplication par dix des cours du brut, qui passa successivement de 3 ou 4 à 12, puis à 40 dollars le baril. Ces deux chocs pétroliers, comme on les appela, eurent les effets attendus du cycle du porc. La consommation, bien que continuant d’augmenter parallèlement à la croissance, se mit peu à peu à s’affranchir du seul pétrole pour se tourner vers d’autres sources d’énergie ou pour l’utiliser de manière plus efficiente, tandis que l’exploration pétrolière s’intensifia au point de réduire à néant les sombres prédictions du Club de Rome. Résultat, une marée d’or noir se mit à envahir le marché, et après un pic du baril explicable par la haute conjoncture des années 2000, les cours du brut retombèrent loin de leur valeur réelle de 1979 et finissent aujourd’hui, la crise financière et la baisse de la demande aidant, par retrouver un niveau de prix, exprimé en termes nominaux, à peine supérieur à celui de l’époque, alors que le dollar, même s’il fait mine de se reprendre, n’est toujours que l’ombre de lui-même. Hasardons donc une prévision pour les années à venir, y compris déjà, peut-être, la prochaine. Aux cours actuels du brut léger, aux alentours de 38 dollars, le point n’est plus très éloigné où l’extraction pétrolière cessera d’être rentable, et les sources alternatives d’être exploitables. Simultanément la demande, même faiblement élastique, ne peut que réagir positivement à cette aubaine d’une énergie certes fossile mais tellement avantageuse. Conformément au cycle du porc devenu cycle pétrolier, il y a ainsi toutes les raisons de penser que les cours du brut vont remonter, et avec eux une inflation, soit dit en passant, que les banques centrales font tout pour encourager… (TDG)

Créé: 27.12.2015, 11h29

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