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À Cracovie, chronique d'un surtourisme annoncé

Virginie Lenk se penche sur ces nouvelles destinations en Europe de l'Est menacées par le surtourisme.

«Auschwitz-Birkenau et l’usine Schindler en une journée, madame? Billet coupe-file pour le musée? Cinquante euros, pas cher du tout.» La jeune Polonaise qui me tend le flyer sur la Rynek Glówny, la grande place du marché, doit avoir à peine 20 ans. À défaut de l’avoir vécue, elle connaît l’histoire de son pays sur le bout de ses ongles manucurés, me jauge d’un regard expert et me propose dans la foulée une visite bohème de l’ancien quartier juif de Kazimierz, avec ses cimetières, ses bars et ses galeries d’art.

Bienvenue à Cracovie, la nouvelle destination low cost à la mode, the place to be pour nos millennials en soif de tourisme dominical. Oubliez Barcelone et Dubrovnik. Ici, on ne déambule pas encore épaule contre épaule dans le centre-ville ripoliné aux allures de Disneyland, mais on s’y prépare.

Le touriste est partout, sous toutes ses formes. Il y a les classes d’histoire aux lycéens désabusés, les yeux sur leurs smartphones plutôt que sur les façades préservées de la guerre et ravalées à grands frais. Il y a les jeunes séminaristes polonais en quête de spiritualité. Des Chinoises en robe de mariée prennent la pose devant les carrosses, copie conforme de Vienne, à la recherche du meilleur spot Instagram.

Plus loin, des groupes d’Allemands ou d’Espagnols ondulent en grappe, d’église en église, de cierge en cierge. Ici, la maison où Jean-Paul II a passé quelques années de sa vie terrestre. Recueillement, pause photo. Là, l’imposante basilique Notre-Dame de Cracovie, en pleine rénovation. Passez à la caisse, s’il vous plaît. «À Paris, on ne paie pas pour voir Notre-Dame», s’offusque devant moi un couple de Français. Le gardien derrière le comptoir leur renvoie un sourire fatigué. «Peut-être auriez-vous dû…»

Cracovie, miracle économique, mais surtout chronique d’un surtourisme annoncé. L’aéroport vient de fêter son sept millionième passager, un record qui l’oblige du coup à s’agrandir. Pour la troisième année consécutive, la ville est sacrée meilleure destination du week-end en termes de rapport qualité-prix par les consommateurs britanniques. À un jet de pierre de Londres, la pinte à 2 livres, vous pensez. Le serveur qui me la sert me confie, lui, qu’il habite avec sa famille à 20 km de là, car les loyers sont devenus trop chers pour eux. Et le spectre du centre-ville transformé en gigantesque Airbnb se profile, comme à Venise ou Prague. Mais ici, après des années de vaches maigres, le touriste est – encore – roi. À peine ose-t-on lui demander d’éviter les selfies acrobatiques sur les rails des wagons qui ont amené des millions de juifs dans les chambres à gaz…

Demain, j’irai peut-être faire un tour dans le camp de la mort. Une amie y est allée récemment, je lui ai demandé pourquoi, elle ne savait pas trop. «Faut l’avoir fait.» L’avoir vu. Coché. Comme le reste de ces nouvelles capitales de l’Europe de l’Est qui se livrent sans limites et pour presque rien à notre frénésie du voyage. Le temps d’un week-end.

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