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Une conquête du ciel pas aussi glamour que cela

Alain Jourdan dévoile les coulisses de l'élection à la tête de l'Organisation de l'aviation civile internationale.

Première femme pilote des Émirats arabes unis en 1998, Aysha Al Hameli convoite aujourd'hui la présidence de la puissante Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal.
Première femme pilote des Émirats arabes unis en 1998, Aysha Al Hameli convoite aujourd'hui la présidence de la puissante Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal.
ICAO

En 1998, elle a été la première femme pilote des Émirats arabes unis. Aujourd’hui, Aysha Al Hameli convoite la présidence de la puissante Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal. Nommée en 2016 pour représenter son pays au sein de l’organe onusien qui organise et régit les règles de la navigation aérienne internationale, la quadragénaire mène campagne pour faire éjecter de son siège le Nigérian Olumuyiwa Benard Aliu qui rêvait d’un troisième mandat.

Pour arriver à ses fins, Aysha Al Hameli n’a pas hésité à pousser la manette des gaz. La campagne qui a précédé le vote prévu le 18 novembre prochain a été très agressive. La candidate des Émirats arabes unis ne s’est pas économisée, usant de la puissance financière d’Abu Dhabi et de sa propre image pour rafler une majorité de voix parmi les 193 États membres. Jouissant d’importants moyens, elle a couru les capitales, multiplié les cocktails et autres soirées privées, parfois sur des yachts de luxe.

Sur le papier, l’histoire est belle. Difficile de faire plus glamour. Sourire ravageur, regard de braise, Aysha Al Hameli semble sortie d’un conte des «Mille et Une Nuits». En réalité, son ascension est une bombe politique qui a propulsé l’Organisation de l’aviation civile internationale au cœur d’une zone de turbulences où se cachent de gros trous d’air. Le Qatar cauchemarde à l’idée même qu’Aysha Al Hameli puisse prendre les commandes de l’OACI. Et pour cause: depuis juin 2017, les avions de la Qatar Airways ne peuvent plus emprunter les couloirs aériens qui passent au-dessus de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn et de l’Égypte, en violation des règles qui ont justement été posées par l’OACI.

«Pour arriver à ses fins, Aysha Al Hameli n’a pas hésité à pousser la manette des gaz»

Le cabinet du prince qatarien Al Thani est persuadé que la candidature d’Aysha Al Hameli n’est rien d’autre qu’une manœuvre d’Abu Dhabi. Il y a deux ans, le président de la Qatar Airways, Akbar Al Baker, a saisi l’OACI pour que la Convention internationale sur le transport aérien soit respectée et les acteurs du blocus sommés de mettre fin aux restrictions imposées à ses avions. L’enjeu est autant politique qu’économique car les compagnies aériennes des pays du Golfe se livrent une concurrence féroce. Jusque-là, l’OACI, sujette aux jeux d’influence, n’a pas fait preuve de beaucoup d’empressement pour se saisir du dossier. Évidemment, l’arrivée d’Aysha Al Hameli aux commandes et son plan de vol tracé d’avance ne sont pas de nature à arranger les choses. L’échéance de l’élection approchant, le climat est devenu de plus en plus délétère au sein de l’OACI.

Pour ajouter à la confusion, des journaux viennent de révéler que l’organisation avait été la cible en 2016 d’une cyberattaque que les responsables alors en place s’étaient bien gardés d’ébruiter auprès des autres membres. La guerre pour le contrôle du ciel se joue bien à terre.

L’Italien Salvatore Sciacchitano, lui aussi, est candidat. Peut-être nourrit-il le secret espoir de voir ses deux autres rivaux s’écraser au sol. Drôle d’ambiance. On est très loin du conte de fées.

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