Climat: tant que Trump reste au frais

Chronique

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Lundi, 25?000 délégués de 196 pays se réuniront à Madrid pour la COP25. Comment secouer les consciences, faire bouger enfin les gouvernements, expliquer que ne pas agir ensemble aujourd’hui, c’est disparaître tous demain? Au cours des dix-huit derniers mois, la pression a augmenté de façon spectaculaire. Les cris d’alarme se sont multipliés et intensifiés. Chaque semaine ou presque, un nouveau rapport de scientifiques «unanimement reconnus» vient noircir le tableau.

Cette semaine, c’est de Genève qu’ont été émises les sombres nouvelles pour l’avenir de la planète. Lundi, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publiait son «bulletin sur les gaz à effet de serre». Des tonnes de chiffres. On retiendra que depuis 1990, ces gaz ont augmenté de 43% et qu’en dépit des engagements pris à la conférence de Paris, il n’y a pas le moindre signe de stabilisation de cette croissance. Le lendemain, ce fut au tour du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) de rendre son «Emission gas report 2018». Catastrophe (ré)annoncée. Les experts sont formels: nous sommes en train de rater notre but, soit de maintenir la hausse de la température à 1,5 degré d’ici à 2030, limite au-delà de laquelle les effets du réchauffement climatique seront dévastateurs et plus gérables. Si nous voulons avoir une chance d’éviter le pire, le monde doit réduire ses émissions de CO2 de 56 gigatonnes aujourd’hui à 28 gigatonnes. En s’y mettant tout de suite, il faudrait abaisser les émissions de gaz carbonique de 7,6% par an. Or, pas un seul État n’envisage des mesures de cette ampleur. Si on attend jusqu’à 2025 pour agir, c’est une baisse de 15,4% qui s’imposera. Mission impossible.

Rien de neuf sous le soleil, direz-vous. Sur le fond, vous avez raison. Les mises en garde devenues cris d’alarme se suivent et se ressemblent. On sera forcé de reconnaître un jour qu’«on savait». Petite phrase tragique quand le drame est consommé. Oui, on sait que les glaciers disparaissent, que celui du Pizol s’est déjà évaporé, qu’à la fin du siècle 90% des glaciers des Alpes suisses auront fondu, privant le pays de son château d’eau, que des centaines d’îles seront englouties, qu’aux migrants qui fuient les conflits viendront s’ajouter des dizaines de millions de migrants dits «climatiques». Et ce n’est plus de la science-fiction, il s’agit d’une prévision plus sûre que la météo à deux jours. Sécheresse, inondation, montée des eaux, chaleur...

Stop! Oui, on sait. N’est-ce pas lassant, fatiguant, minant? Greta Thunberg a mobilisé les peuples. Mais de plus en plus, elle déclenche les sarcasmes. En décrédibilisant la messagère, les frustrés climatiques tentent de tuer le message. Tactique éprouvée. S’ils n’aiment pas Greta, ils seraient inspirés de visiter la page web interactive du PNUE, un bijou du genre (taper: interactive emission gas report 2019). Des faits saisissants, implacables, qui ne laissent aucune échappatoire aux «négationnistes». Qu’importe. Pour ces derniers, le climat est une affaire de croyance.

Reste la question qui donne les frissons: que fait-on?

À Madrid, les participants à la COP25 ont pour première mission de concrétiser les engagements pris à la COP21 de Paris sous le hashtag #TimeForAction. Même dans le meilleur des mondes, l’objectif de 1,5 degré ne pourra être atteint à cette conférence. D’autres engagements, plus radicaux, devront être pris et concrétisés rapidement. La rue pousse dans la bonne direction. Mais Trump et quelques autres boutefeux comme Jair Bolsonaro barrent le passage. Washington a fait notifier cette semaine son désengagement du processus de Paris.

Tant que l’air conditionné de la Maison-Blanche fonctionne et que le président est au frais, tout va bien dans le monde de Trump. Il n’est pas à une contradiction près. On l’a compris. Comme on a compris que la Chine et l’Inde n’attendent qu’un retrait américain pour mettre leurs bonnes intentions en veilleuse. Ce sera donc à l’Union européenne de donner le tempo et de passer à l’acte en solo s’il le faut. On le sait. Elle le sait. Osera-t-elle?

Créé: 29.11.2019, 07h36

Pierre Ruetschi, journaliste, directeur du Club suisse de la Presse

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