Chemin de fer: gare à la poudre aux yeux

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Pour avoir pratiqué cette belle profession pendant trente ans, j’affirme que c’est le rôle des ingénieurs civils d’imaginer des projets utiles, novateurs, efficaces. C’est leur noblesse, aussi, de savoir faire le deuil d’un projet si celui-ci ne répond pas aux besoins, s’il ne respecte pas les contraintes d’exploitation et s’avère, au final, irréaliste. Savoir admettre, en somme, que l’on a élaboré une «fausse bonne idée» et être capable de passer à autre chose.

Cette démarche intellectuelle n’est pas celle qu’emprunte l’ingénieur retraité vaudois Rodolphe Weibel, qui fignole depuis des années un concept de «boucle» ferroviaire, en évolution permanente, entre Cornavin et l’aéroport censé résoudre tous les besoins futurs et au sujet duquel il inonde les médias, comme en témoigne encore cette même rubrique «L’invité» parue hier.

Il faut le dire clairement: le «projet Weibel», s’il peut sembler séduisant sur le papier, est tout simplement impraticable. Il a été rejeté non seulement par le Canton mais surtout par les CFF et par l’office fédéral chargé de la planification ferroviaire. Ces entités jugent, comme nous, que cette solution n’est pas compatible avec le fonctionnement du réseau ferroviaire suisse, basé sur l’horaire cadencé et les correspondances synchronisées.

L’horaire en serait rendu illisible puisque la «boucle» générerait des temps de trajets et des parcours différents pour de mêmes relations. Le concept manque d’analyse sur l’offre et la demande réelles. Plusieurs points importants n’ont pas été pris en compte, comme la circulation des trains de marchandises, les différences d’électrification, la contrainte des trains français ou les mouvements de manœuvres. Les coûts de cette option sont aussi très largement sous-évalués.

Le développement de la gare de Cornavin est un enjeu majeur. L’extension prévue en souterrain répond parfaitement aux besoins futurs. Elle est dûment planifiée et validée par les autorités fédérales.

La solution de M. Weibel constitue à l’inverse une hypothèse dangereusement aléatoire avec un fort potentiel de dégradation de la qualité du service offert aux voyageurs. Elle remettrait aussi en cause le très important financement fédéral qui a été obtenu par Genève.

Le renforcement de l’infrastructure ferroviaire est un immense défi pour l’avenir de notre pays. Il doit s’appuyer sur des planifications cohérentes, une vision globale et une expertise sans faille. Nous ne sommes plus au temps où l’on pouvait imaginer une infrastructure comme pouvait le faire un passionné qui construit un réseau en modèle réduit dans sa cave. Si nous voulons nous donner les moyens de concevoir les transports publics du futur, il faut savoir reconnaître ce qui relève de la poudre aux yeux, et s’en détourner!

Créé: 18.02.2020, 18h42


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