«Bloody pheasant», le Brexit aura ta peau

La rédactionVirginie Lenk s'interroge sur la tradition anglaise de la chasse au faisan et son avenir.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Le faisan est assez beau, je vous l’accorde, mais il est bête et au départ il est aussi facile à tirer qu’un cerf-volant.» Cette phrase de Pagnol, dans «La gloire de mon père», m’est revenue à l’esprit l’autre jour dans le nord du Yorkshire, alors que des amis Anglais m’expliquaient de manière très détaillée et colorée la chasse à cet élégant volatile.

Imaginez des centaines de milliers de poussins élevés uniquement à cette fin dans des fermes à faisans, puis lâchés à maturité dans le ciel devant une rangée de Land Rover remplies de chasseurs qui tirent dans le tas. «Poule!» Des oiseaux qui tombent en rafale, les cadavres en partie ramenés par les chiens, en partie laissés sur place, tant ils sont nombreux. Une boucherie, avouaient mes amis, pourtant eux-mêmes adeptes de ce sport traditionnel très prisé dans les campagnes anglaises.

«Les activistes qui ouvrent les portes des fermes à faisans sont qualifiés d’irresponsables»

Tradition. Le mot est lâché. Alors qu’un peu partout dans les pays européens les défenseurs des animaux de tous poils et plumes appellent à l’interdiction de la chasse, dénoncent la cruauté infligée au gibier, s’en prennent parfois violemment aux chasseurs, il est un État où faisan, renard et biche ne sont pas juste les adorables personnages animés de «Bambi» ou «Rox et Rouky». Un pays où les activistes qui ouvrent les portes des fermes à faisans sont qualifiés d’irresponsables par les médias. Où l’interdiction, en 2005, de la chasse à courre est largement contournée lors de sorties privées et où l’on traque encore le renard et pas uniquement un leurre. La famille royale elle-même pratique depuis des lustres ce sport sur son domaine de Sandringham, dans le Norfolk, suivie chaque année par les spécialistes de la royauté qui décortiquent le capuchon kaki ou prune de Sa Gracieuse Majesté. Souvenez-vous de ces images, pas si lointaines, du petit prince Harry en veste Barbour et chaussettes rouges, folâtrant fusil à la main avec son père et ses chiens. So cute…

Vingt ans plus tard, le même Harry refuse de chasser par amour pour sa Meghan, très engagée dans la lutte contre la maltraitance des animaux (il a d’ailleurs troublé cette année la partie de chasse de sa grand-mère, avec ses velléités d’indépendance, mais ça, c’est une autre histoire). Les mentalités changent, même au Royaume-Uni. Mais maintenant que le Brexit est acté, le pays va retrouver sa pleine souveraineté dans le domaine. Alors, à l’avenir, le cœur des jeunes Britanniques penchera-t-il vers le respect et la défense des animaux, dans ce grand maelström de véganisme, d’antispécisme et d’antifourrure que connaissent nos sociétés européennes? Ou restera-t-il attaché aux traditions rurales, indépendantes et libres, où le chasseur, son fusil en bandoulière, part communier avec la nature dans l’aube brumeuse, après son porridge et ses scrambled eggs?

Comme mon ami anglais qui, tandis que je courais discrètement derrière ce magnifique oiseau au plumage d’or pour le prendre en photo, lâcha ces mots, lapidaires: «Bloody pheasant…»

Créé: 31.01.2020, 14h15

Virginie Lenk, rubrique Monde.

Articles en relation

Ces sujets de Sa Majesté n’ont jamais aimé Bruxelles

Brexit A deux semaines de la sortie historique du Royaume-Uni de l’UE, les propriétaires terriens du nord sont plus décidés que jamais à passer à autre choses. Mais ils ne sont pas les seuls. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le coronavirus crée une frénésie de nettoyage
Plus...