Les barbouzes ne sont plus ce qu’ils étaient

Chronique

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À l’heure d’internet, des réseaux sociaux et de l’économie globalisée, les mercenaires, chiens de guerre et autres barbouzes ne sont plus ce qu’ils étaient. Fini les petites entreprises familiales, place aux multinationales. Les gros bras ont troqué leurs rangers et leurs treillis contre des costumes trois pièces pour négocier de juteux contrats dans des bureaux aseptisés à Genève, à Londres, à Dubaï ou à Washington.

Les rencontres dans les «bouclards» pour sceller le sort d’un récalcitrant, c’était autrefois. Aujourd’hui, on ne disperse plus façon puzzle. On éradique. On défouraille du lourd mais tout en respectant la charte corporate. Faut dire que le client a changé. On n’a plus affaire au taulier du coin, si vous voyez ce que je veux dire. Les frères Volfoni, il y a longtemps que la maison mère s’en tamponne. Les mercenaires 2.0 ont leur Steve Jobs. C’est Erik Prince, l’ancien patron de Blackwater. Et là, c’est sûr, il n’y a pas que de la pomme dans le cocktail proposé par cet ex-officier des Navy Seal américains. Son concept de service clés en main est très apprécié. Les États ont très vite compris qu’en sous-traitant ils pouvaient s’affranchir de certaines règles.

Au Yémen, les Émirats arabes unis ont eu recours aux services de ses entreprises pour mener l’offensive contre les Houthis retranchés à Hodeïda. Erik Prince et ses associés ont fourni les hommes et les technologies. En Chine, dans la province du Xinjiang où l’armée s’emploie à réprimer les Ouïgours, il a ouvert un centre d’entraînement. Au Venezuela, il avait commencé à recruter des mercenaires pour renverser le président Maduro. L’affaire tourne à plein régime. Elle pourrait être cotée en Bourse. Au final ça saigne mais ça reste toujours propre et lisse en surface. L’avantage des gros contrats, c’est que tout devient affaire d’avocats et de communicants. Emballez, c’est pesé. Y a rien à voir. Bref, des guerres tristes et sans fantaisie. Au moins, du temps de Bob Denard, le célèbre mercenaire français, les carambouilles avaient de la gueule. Les hommes sentaient la sueur, portaient fièrement leurs balafres et gardaient le doigt sur la gâchette. On ne parlait pas de contractors comme aujourd’hui. Non. À l’époque, on surnommait ces équipées sauvages «les affreux». Ils parlaient gras. Leur paradis avait un nom: les Comores, un archipel perdu entre l’Afrique et Madagascar. Imaginez: près de vingt coups d’État et de tentatives de coup d’État depuis 1975, dont trois attribués au seul Bob Denard.

Son épopée comorienne ponctuée d’épisodes tragicomiques est encore dans toutes les mémoires. Le pays ne s’en est toujours pas remis. La dernière élection présidentielle y a été émaillée d’incidents. Mais au moins il y avait un parfum d’aventure et de quoi écrire. Les journaleux pouvaient se repaître d’anecdotes. Leurs informateurs avaient de la gueule. Ils tournaient au rhum, juraient, toussaient, crachaient en maudissant la malaria qui les rongeait.

Aujourd’hui, le seul virus qui sévit à l’heure de l’e-réputation est digital. Et l’informateur est un écran froid rempli de leaks.

(TDG)

Créé: 23.05.2019, 21h06

Alain Jourdan, rubrique Monde

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Manifs partout en Suisse
Plus...