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Quel avenir agricole? Jacques Blondin face à Avenir suisse

Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique, l’agriculture helvétique est promise à s’intégrer dans l’Union européenne. À coups de plans agricoles quadriennaux, la paysannerie devait se transformer pour résister aux forces du marché commun. Alors que les Autrichiens ont plutôt bien réussi leur reconversion, les Suisses restent toujours fortement protégés derrière des quotas et taxes à la frontière, ainsi que des paiements directs qui progressivement ont mis l’accent non plus sur la quantité mais sur la qualité des aliments, la protection de la nature et le bien-être des animaux. Les Suisses ont refusé plus de protection dimanche dernier, alors qu’Avenir Suisse, le labo d’idées de grandes entreprises, veut des changements drastiques. Noémie Roten et Patrick Dümmler, Avenir Suisse face à Jacques Blondin, député PDC, ancien directeur de l’Union maraîchère

Pour la liberté d’exploiter des paysans

Noémie Roten et Patrick Dümmler, Avenir Suisse

Ce fut donc un double non aux deux initiatives agricoles le 23 septembre, et c’est tant mieux! De nombreuses autres initiatives relatives à l’agriculture vont néanmoins encore nous donner du grain à moudre: celles «pour les vaches à cornes», «pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», «pour une eau potable propre», «contre le mitage» et «contre l’élevage intensif». Cette multiplication d’initiatives le prouve: quelque chose cloche dans la politique agricole actuelle. Et c’est aussi le constat que dresse Avenir Suisse dans sa dernière étude, «Une politique agricole d’avenir».

La politique agricole suisse coûte cher. Près de 20 milliards de francs de coûts directs et indirects par année. Malgré toutes les mesures prises par les pouvoirs publics en faveur du secteur, les exploitations agricoles disparaissent, les paysans déplorent, à raison, des revenus insuffisants (malgré une charge de travail importante) et les objectifs environnementaux ne sont pas remplis.

Pourquoi ne pas repenser complètement la politique agricole, au lieu de s’embourber dans des solutions (plus d’étatisme, plus de protectionnisme) qui ne profitent finalement pas aux agriculteurs eux-mêmes? Pourquoi ne pas tenter des solutions encore inédites dans ce domaine, mais qui ont fait leurs preuves dans d’autres secteurs, comme plus de marché et moins d’interventions de l’État? Il ne s’agit pas de «sacrifier nos paysans sur l’autel du libre-échange»! Les produits de nos agriculteurs sont prisés par les consommateurs suisses et ont toutes leurs chances sur les marchés internationaux.

La réforme à laquelle Avenir Suisse propose de réfléchir vise avant tout à redonner des perspectives entrepreneuriales aux paysans, en les libérant des carcans administratifs et des 4000 pages de prescriptions législatives qui les paralysent. Ces prescriptions ne sont en effet que le corollaire des innombrables soutiens financiers étatiques en faveur du secteur et elles limitent sévèrement la marge de manœuvre entrepreneuriale. Abaisser le niveau de subventionnement renforcerait aussi la position de négociation des paysans sur le marché; les subventions actuelles servant surtout à alimenter les marges des fournisseurs et grands distributeurs, lesquels peuvent ensuite faire pression sur les prix. Enfin, la révision, à la baisse, de nos tarifs douaniers réduirait le niveau de prix des intrants et des denrées alimentaires, ainsi que le tourisme d’achat.

Une politique agricole sans paysans!

Jacques Blondin, député PDC, ancien directeur de l’Union maraîchère

L’irritation qui pointe sous ma plume suite à la lecture de l’étude d’Avenir Suisse peut être illustrée par l’angle d’attaque (il s’agit bien d’une attaque) retenu pour mener l’étude et arriver au constat que l’agriculture coûterait 20 milliards de francs aux contribuables et consommateurs du pays.

À la page 50 du rapport, qui en compte 60, on peut lire: «Par exemple, le fait que les animaux puissent être nourris avec des aliments concentrés importés au lieu de brouter sur la prairie ou d’être nourris avec du fourrage produit localement peut peser lourd dans le bilan écologique. C’est pourquoi il peut parfois être plus écologique de consommer de la viande importée.»

Toute l’étude repose sur de telles considérations et spéculations unilatéralement économiques et libérales!

Pour moi, tout est dit, car avec de telles hypothèses, on est encore content de s’en tenir au montant énuméré.

Je pourrais donc m’arrêter là et m’abstenir de vous citer les dix mesures préconisées en faveur des consommateurs, des contribuables et des entrepreneurs agricoles. En vrac: suppression de la protection douanière, diminution des subventions, suppression des aides à la promotion, mise au concours des prestations d’intérêt général, redéfinition de la sécurité alimentaire, moins de législation, moderniser le droit foncier rural, diminuer les coûts environnementaux, mettre un frein agricole pour plus de discipline, contrôler les fusions et limiter les acquisitions.

Un inventaire à la Prévert qui ne fait qu’énumérer les stations d’un chemin de croix qui mène les paysans à l’échafaud!

Foin de l’article 104 de la Constitution fédérale, pourtant voté à une écrasante majorité, cette fois en septembre 2017 (contreprojet du Conseil fédéral pour la sécurité alimentaire)

Foin de la volonté populaire pour une agriculture de proximité et de taille humaine, offrant des produits de qualité dans le respect des bonnes pratiques culturales et de la condition animale!

Foin d’une production de denrées alimentaires adaptées aux conditions locales et utilisant les ressources de manière efficiente!

Foin de la dépendance étrangère et des probables ruptures d’approvisionnement. Le maintien de surfaces d’assolement obligatoires dans tous les cantons n’est pas sans raison! (on mange 3 fois par jour, mais l’argent ne se mange pas!)

En fait, une étude qui va totalement à contresens des deux initiatives qui ont été soumises au vote populaire dimanche dernier.

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