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L’assassinat de Radjavi, une impunité de 30 ans

Au 2 rue Argand, où vécut Kazem Radjavi, une plaque commémorative est apposée.
Au 2 rue Argand, où vécut Kazem Radjavi, une plaque commémorative est apposée.
Frank Mentha

Le 24 avril 1990, il est près de midi quand Kazem Radjavi rentre en voiture de Coppet à Tannay. À 200 mètres de chez lui, il est abattu par un commando khomeiniste arrivé à Genève avec des passeports de service. Les tueurs reprendront l’avion, sans être inquiétés, sitôt leur forfait terminé. Treize agents du régime iranien dont on connaît tous les noms participent à cet assassinat. Jamais arrêtés, jamais jugés! Pourrait-on invoquer un profond «oubli» politique et judiciaire qui, finalement, arrange aussi bien la Suisse que l’Iran? Mais qui est Kazem Radjavi ? Un intellectuel iranien né en 1934. Il se rend à Paris puis à Genève pour ses études doctorales et ses enseignements universitaires. Sa vie bascule avec le combat qu’il mène pour sauver son frère cadet, Massoud, opposant au Shah, condamné à la peine capitale. L’Iran se fait menaçant. K. Radjavi obtient le statut de réfugié en Suisse, mobilise pour sauver son frère les associations de droits de l’homme et des politiciens. C’est un succès! Massoud est libéré en 1979 à la chute du Shah et reprend ses activités politiques. Les Moudjahidines du peuple affermissent leur statut d’opposants au régime des mollahs à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran.

Le premier gouvernement de Khomeini nomme K. Radjavi ambassadeur d’Iran auprès des Nations Unies à Genève. Rapidement, leurs liens se dégradent. Kazem refuse de rentrer en Iran et demande une seconde fois le statut de réfugié politique en Suisse. Il devient ambassadeur du Comité national de la résistance iranienne (CNRI), auquel appartiennent les Moudjahidines du peuple. Kazem continue de voyager, d’intervenir à l’ONU: il dénonce, relance ses amies et amis diplomates. Son objectif: lutter nuit et jour pour rétablir les droits de l’homme en Iran et un régime démocratique.

Dès le jour du drame, le juge vaudois Roland Châtelain s’engage pour enquêter sur cet assassinat. Les obstacles politiques l’ont empêché d’arrêter les coupables. Le 24 octobre 1990, il lance une commission rogatoire auprès du gouvernement iranien qui reste sans réponse. Dans un communiqué du 22 juin de la même année, son pronostic est fait: «un ou des services iraniens sont directement mêlés à l’assassinat de Kazem Radjavi». Ce qui l’intéresse, «c’est d’arrêter tous les assassins, car je n’admets pas que l’on utilise impunément la Suisse pour régler des affaires politique de cette façon-là». Fin 1992, le juge Châtelain demande à la France d’extrader deux assassins de Kazem Radjavi. Le jour précédent l’extradition vers la Suisse, la France les renvoie en Iran. Libres! La Suisse réagit, le juge Châtelain est convaincu qu’ils ont joué un rôle central dans le meurtre de Coppet. Le juge Jacques Antenen, qui lui succède, lance en 2006 un mandat d’arrêt international contre un ex-ministre iranien, Ali Fallahijan, soupçonné d’avoir commandité l’élimination de K. Radjavi. Sporadiquement, des acteurs de ce drame réapparaissent à Genève, en toute impunité vu les postes officiels qu’ils occupent. Peut-on encore croire à la justice après trente ans d’impunité ?

Les signataires de ce texte refusent d’accepter le silence qui couvre l’assassinat de Kazem Radjavi et les milliers d’autres crimes commis par le régime iranien.

*Personnalités signataires: Jean Ziegler, sociologue, anc. conseiller national, Erica Deuber-Ziegler, historienne de l’art, Laurence Fehlmann Rielle, conseillère nationale, Rémy Pagani, conseiller administratif de la Ville de Genève, Nils de Dardel, avocat, anc. conseiller national, Jean-Charles Rielle, député, anc. conseiller national, Christian Ferrazzino, avocat, anc. maire de Genève, Fabienne Bugnon, anc. conseillère nationale, Christiane Perregaux, prof. à l’Université de Genève, Berthier Perregaux, travailleur social.

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