Armes: que la Suisses’inspire des États-Unis!

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C’est sans doute la décision la plus facile à prendre en ce dimanche de surcharge électorale: oui, il faut accepter de durcir l’achat d’armes automatiques et semi-automatiques, et en assurer une meilleure traçabilité. Que risque notre pays, soi-disant sous contrainte de l’Union européenne? Strictement rien. Il gagnera en sécurité. Merci donc à l’UE, qui, une fois n’est peut-être pas coutume, indique la voie du progrès. Pour s’en convaincre, il suffit de traverser l’Atlantique. La situation y est bien sûr dramatiquement différente de celle qui prévaut en Suisse ou dans l’UE. L’histoire, la culture et le rapport aux armes et à la violence y sont fondamentalement autres. Reste néanmoins que l’impact du surarmement de la société américaine, enfermée dans sa western attitude, est riche d’enseignements universels. À commencer par cette lapalissade: une arme tue. Moins il y aura de pistolets et de fusils en circulation, moins grands seront les risques de mort par balle.

Pourquoi rappeler de telles évidences? Parce qu’ici, dans la capitale fédérale, où je séjourne, cette logique terriblement basique continue d’être contestée. En Virginie ou au Maryland voisins, les armes à feu s’achètent presque aussi facilement qu’une miche de pain. «Mieux» encore, le marché en ligne regorge de guns à acquérir de gré à gré pour 300 dollars à l’emporter. Le droit de posséder une arme à feu est sacré. Il est inscrit dans le marbre constitutionnel (2e amendement). Pour ses partisans, l’arme ne tue que les méchants. Elle sert à flinguer celui qui vole terres et bétail et s’attaque à femme et enfants. Le colt représente l’ange gardien, il est l’ultime garant de la liberté. Les discours conservateurs regorgent de ces métaphores abusives.

Bullshit, «foutaises» en bon américain! Statistiques officielles et réalités de terrain racontent une tout autre histoire. En cas d’agression, une personne armée a 4,5 fois plus de probabilités de se faire tuer qu’une personne non armée. Celui qui possède un pistolet à la maison double le risque de mourir par homicide. Un accident mortel est trois fois plus probable dans un ménage recelant une arme. Les chiffres sont accablants. Et se détériorent encore suite à une période de stabilité.

On a ainsi comptabilisé 40 000 décès par balle en 2018, soit 12 morts pour 100 000 habitants, un taux sans précédent depuis 1996. En comparaison, ce rapport est de 0,3 mort pour 100 000 habitants en Grande-Bretagne, 0,9 en Allemagne, 0, 2 au Japon. L’arme à feu est aussi l’outil de prédilection de ceux qui mettent fin à leurs jours (60% des tués annuels). Les trois États de l’Alaska, du Montana et du Wyoming cumulent deux records: celui du nombre d’armes et celui du nombre de suicides par habitant le plus élevé. Ça va évidemment de pair.

Puis il y a les mass shootings (fusillades de masse), en particulier les school shootings ou fusillades à l’école. Ce type de tuerie a augmenté massivement au cours des vingt dernières années. Statistiquement, ces drames ne pèsent pas bien lourd, mais ils frappent les consciences, y compris celles des républicains. C’est la nature de la riposte qui diffère. À droite, on veut armer les professeurs pour contre-attaquer. À gauche, limiter l’accès aux armes, avec un succès croissant.

Pour la première fois de l’histoire de la présidentielle américaine, des candidats comme le maire de Newark, Cory Brooker, osent faire du gun control leur cheval de bataille pour 2020 face à Donald Trump. Et pour cause: chez les 19-29 ans, on observe une bascule historique. Ils sont désormais plus de la moitié à souhaiter un durcissement du contrôle des armes, même si cela affaiblit le 2e amendement. Une petite révolution qui a encouragé plusieurs États américains à prendre des mesures permettant de sauver des milliers de vies.

Et la Suisse dans tout cela? Si la loi soumise au peuple dimanche peut épargner ne serait-ce qu’une seule vie, c’est assez pour l’adopter. Les passionnés du tir survivront sans mal à la nouvelle disposition. Tout le reste n’est qu’agitation politico-politicienne.

Créé: 17.05.2019, 07h00

Pierre Ruetschi, journaliste

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