Une armée de salon?

Mon été à l’armée 5/7Notre journaliste Sami Zaïbi fait son école de recrues. Chaque semaine, il nous raconte des épisodes de sa vie sous les drapeaux.

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Dans un «Temps présent» de 2011, Hermann Suter, président du groupe proarmée Giardino et ancien grenadier (troupes d’élite de l’armée suisse), dénonçait, façon vétéran, le confort du service militaire actuel, parlant d’une «armée de salon». Depuis ces déclarations, l’école de recrues s’est encore assouplie, avec l’entrée en vigueur de Progress, le programme visant à améliorer le confort des recrues. Alors, la caserne est-elle devenue une colonie de vacances?

Avant tout, il est nécessaire de préciser que les conditions changent drastiquement d’une caserne à l’autre et d’une fonction à l’autre. Ainsi, dans notre caserne de Chamblon, deux compagnies cohabitent: la cp 6, dont je fais partie, constituée d’équipages (des conducteurs de véhicules blindés à roues), et la cp 3, les fusiliers. Si l’on force le trait, nous, les conducteurs de char, sommes les «intellectuels» de la caserne (toutes proportions gardées), tandis que les «fus’» sont perçus comme les Homo erectus, la chair à canon que nous sommes censés déposer sur le champ d’honneur. Quand ils marchent, courent, pompent, nous apprenons à maîtriser nos chars complexes et leur électronique.

Ces remarques préliminaires faites, attaquons-nous aux idées reçues du service à l’ancienne. Premier cliché qu’il faut rejeter: la bouffe. En lieu et place des boîtes de singe attendues, impossible de nier que les repas sont bons, variés et copieux, même lorsque l’on mange sur le terrain, où ils sont livrés chauds. Pour l’aspect écolo, par contre, il faut repasser: la viande est au menu matin, midi et soir.

Côté physique, là aussi, force est de reconnaître que l’école de recrues s’est assouplie. Après six semaines de service, la seule marche que l’on a faite n’était longue que de cinq kilomètres. Côté sport, outre la trentaine de pompes après l’appel du matin et un footing hebdomadaire, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. De plus, dès qu’il fait trop chaud, une attention toute particulière est portée à limiter l’effort et l’exposition au soleil. On est bien loin des longues marches épiques auxquelles je m’attendais.

Je n’aurais pas pensé dire cela un jour à l’armée, mais je regrette presque de ne pas être plus «sur le terrain», en mode sueur, boue et bivouac.

À l’inverse, je vois deux aspects de l’armée «à l’ancienne» qui n’ont pas évolué. D’une part, la confiance immédiate que place l’armée suisse en des jeunes gars d’une vingtaine d’années. Après dix jours, on tire déjà à balles réelles avec le fusil d’assaut. Et après deux semaines, on conduit sur d’étroites routes cantonales un char de 6,97 m de long, 3,7 m de haut et 11,5 tonnes (oui, on a dû apprendre ces données par cœur), avec pour seul accompagnant un sergent de notre âge.

D’autre part, la rigueur de l’ordre en chambre et l’école de section, deux véritables institutions. Chaque jour, le sergent-major chef, dont le rôle s’apparente à celui de maman de la compagnie, vérifie la disposition du matériel dans les chambres. Largeur des draps: égale à celle du coussin. Uniformes: alignés, un poing de distance entre chacun, croix suisses visibles et à la même hauteur, poches et boutons fermés. T-shirts: pliés selon les codes, même largeur, alignés sur le rebord de l’armoire. Aucun écart n’est toléré.

Pour ce qui est de l’école de section, qui est l’apprentissage des mouvements de formation, mieux vaut ne pas avoir été vampirisé par un moustique la nuit précédente. Pendant des minutes qui paraissent des années, c’est position de garde-à-vous et interdiction de bouger une oreille, casque sur la tête, main droite sur le Fass et regard fixé devant, sous un soleil de plomb. Cela peut paraître étrange, mais rester immobile constitue un effort monumental, peut-être le plus grand de cette école de recrues. Jusqu’à maintenant, du moins.

Créé: 08.08.2019, 10h47

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