Avant «l’apocalypse de l’austérité»

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Les prévisions ne sont pas parole d’évangile. Surtout quand elles annoncent l’apocalypse. Mais celles qui ouvrent le rapport 2017 de l’ONG Amnesty International sont suffisamment inhabituelles pour retenir l’attention. À la radiographie des États qui violent impunément cette vieille et digne dame de 70 ans cette année qu’est la Déclaration universelle des droits de l’homme s’est ajoutée une inquiétante prédiction.

Nul ne s’étonnera en effet qu’Amnesty International dresse un bilan sombre de l’année 2017, parcourue de discours de haine, d’opérations militaires contre des civils (au Myanmar et en Syrie, entre autres) et de rejet des migrants (aux États-Unis comme en Hongrie). Mais personne ne s’attendait à ce que l’ONG désigne une autre atteinte aux droits de l’homme, économique celle-là, qui menacera d’ici aux trois prochaines années les deux tiers de l’humanité.

Cette barbarie, c’est l’austérité. Devenue presque familière aux oreilles occidentales depuis la crise financière de 2008, elle coupe des crédits d’aide, atrophie les budgets sociaux, renchérit les produits de consommation courante, s’abat sur les plus faibles et appauvrit ceux qui le sont moins. Au nom de la réduction de la dette et du déficit, les États se montrent plus chiches dans leurs politiques de solidarité. Et cela se répercute sur l’accès à l’éducation, à la santé, au logement ou à la justice des populations les plus modestes.

Les trompettes de l’apocalypse, Amnesty International les a embouchées car les signes avant-coureurs d’un phénomène plus large s’accumulent. Selon une étude britannique du journal médical BJM, les coupes d’aides sociales et médicales au Royaume-Uni entre 2010 et 2014 ont ajouté 45 000 décès aux moyennes annuelles précédentes. Des projections à 2020 font état de plus de 150 000 décès de plus. En Grèce, les suicides ont fait un bond de 35% après les mesures renforcées d’austérité de 2011. Une étude à paraître en ce début d’année va mesurer l’ampleur des dégâts de la politique d’austérité appliquée au système de santé en Espagne, etc.

Tous les continents sont touchés. En Afrique centrale, le Fonds monétaire international (FMI) fait toujours la loi économique, bien qu’il ait reconnu en 2012 que son approche pouvait nuire au financement des services publics. Au Brésil, les dépenses budgétaires ont été plafonnées pour vingt ans, rendant les programmes sociaux bientôt impossibles à financer. En 2017, l’Indonésie, la Mongolie, le Sri Lanka et même la riche Arabie saoudite ou le Qatar ont réduit la protection sociale de leurs citoyens.

Selon un rapport du Bureau international du travail, de l’IPD et de l’Université de Columbia, d’ici à trois ans, six milliards d’individus seront ainsi affectés gravement par des mesures d’austérité, 2,4 millions de travailleurs perdront leurs emplois dans des pays à faible revenu. Et le produit mondial brut sera amputé de 7%. Cette échéance, des observateurs, écrit l’ONG, l’ont baptisée «l’apocalypse de l’austérité».

C’est en refusant d’entendre les sept trompettes de l’Apocalypse et le dernier ange annonçant le châtiment final que les hommes n’ont point échappé au Jugement dernier, avant l’avènement de la nouvelle Jérusalem, dans la Bible. Puissent les chefs d’État et le Fonds monétaire international entendre les peuples avant que l’apocalypse de l’austérité n’advienne pour les deux tiers de l’humanité.

D’ici à trois ans, six milliards d’individus seront ainsi affectés gravement par des mesures d’austérité. Amnesty International, Rapport 2017-2018

(TDG)

Créé: 28.02.2018, 21h20

Olivier Bot, rédacteur en chef adjoint

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