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L’affaire Maudet ou l’éloge de la fuite

Les publications s’enchaînent sur l’affaire Maudet. Récemment, c’est son dossier fiscal qui faisait surface. Mardi, c’était le tour du procès-verbal des auditions de deux entrepreneurs, Antoine Daher et Magid Khoury, qui ont organisé et facilité le voyage du magistrat à Abu Dhabi et sont suspectés par là de lui avoir octroyé un avantage. Ces témoignages recueillis par la justice le 5 décembre sont parvenus intégralement aux rédactions et comprennent jusqu’aux copies de pièces échangées entre les différents protagonistes.

Malaise? Pas vraiment. Si les fuites fiscales sont rares à Genève, les fuites judiciaires, sans parler des fuites politiques, sont légion. Ici ou là, la bise pousse facilement les dossiers par la fenêtre. Au Palais de justice, ils passent les portes avec les parties à la procédure et se retrouvent livrés à la presse au gré des intérêts des uns et des autres. Ce qui permet, notamment, d’éviter de regrettables enlisements de dossier. Au détriment de l’impartialité de la justice? Au mépris de la sérénité de l’instruction? Soyons sérieux. Tout d’abord, la presse n’a pas à apprécier les motivations de ses informateurs. Sans préjuger de la présomption d’innocence des uns et des autres, elle publie ce qu’elle estime correspondre à l’intérêt public, notion éternellement discutable, certes, mais assez claire malgré tout.

Dans le cas précis, il s’agit de faire entendre les motivations et les explications des intéressés. Le résultat est éloquent, puisqu’il dessine, au mieux, le portrait d’une joyeuse équipe de pieds nickelés pour laquelle aucun bobard n’est trop gros pour être avalé par la justice. «Well done, Old Chap!» comme disait l’autre. Dans tous les cas, on est bien loin de la version chloroformée des avocats à l’issue de l’audience, selon lesquels «tout s’était bien passé».

Autre point. En temps normal, lorsque les personnes impliquées sont inconnues, les dossiers sont en principe anonymisés. Mais Pierre Maudet n’est pas un simple pékin et, par ricochet, ses interlocuteurs non plus. On le sait, l’ex-président du Conseil d’État, magistrat en fonction, ancien candidat au Conseil fédéral, triomphalement réélu en avril dernier, fait face à des accusations sérieuses. Certain de son innocence, il a choisi de rester en place, quitte à dépenser son capital politique comme un marin en escale à Bora Bora claque sa solde. Courageux ou inconscient, c’est son droit. Comme de se taire, même si son silence n’est pas une obligation, la liberté d’expression des prévenus restant entière sauf injonction contraire de la justice. La preuve, le magistrat s’est exprimé à quelques reprises sur l’affaire à la télévision, mais jamais durant une interview de fond. Une exception, celle du 16 mai, où il a osé mentir devant trois journaux sur le financement de son voyage en impliquant un tiers, Saïd Bustany.

Résumons: les fuites ne sont pas une aberration du système judiciaire. Elles en font partie et permettent d’informer les citoyens sur les versions des uns et des autres au moment même où ils les livrent. Pas de naïveté à leur égard, elles ne donnent pas la vérité, mais une parcelle des faits que l’instruction s’efforce de reconstituer et sur lesquels la justice tranchera.

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