Aéroport: une initiative poudre aux yeux?

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Gouverner, c’est prévoir. Ainsi, lorsqu’elle a publié en 2013 des prévisions d’évolution du trafic aérien à Genève Aéroport, la Confédération entendait entamer des discussions concrètes avec le Canton et l’Aéroport pour anticiper l’évolution annoncée du trafic aérien. Bien malgré eux, les fonctionnaires fédéraux ont alimenté une de ces machines infernales dont notre République semble avoir le secret.

Sitôt après la publication de ces chiffres, d’habiles et ambitieux adeptes de la décroissance ont livré leur interprétation d’un document purement administratif dénommé projet de fiche PSIA (plan sectoriel de l’infrastructure aéroportuaire) de Genève Aéroport. À les lire ou les entendre, il ne s’agit plus de prévisions mais d’objectifs de croissance.

Du jour au lendemain, l’Office fédéral de l’aviation civile est devenu bien malgré lui une antenne militante du néolibéralisme le plus débridé, un acteur actif de la destruction de la qualité de vie, au bénéfice du profit économique à court terme. Parce qu’ils et elles se veulent les défenseurs d’un monde meilleur, toutes les outrances leur sont permises et le temps était venu d’expliquer au monde leur vérité, LA vérité.

C’est ainsi que l’initiative 163, rédigée avec grand soin par un avocat choisi très attentivement, est née, dans un environnement politique qui pouvait alors sembler fort peu attentif aux conséquences négatives de l’aéroport. Sans difficulté, les signatures nécessaires ont été récoltées: qui ne signerait pas un texte pour un «pilotage démocratique», lorsqu’on lui indique que l’Aéroport souhaite atteindre 220 000 mouvements par an, ce qui correspondrait à un mouvement toutes les 90 secondes? Peu importe qu’il s’agisse d’une double contre-vérité, qui passe en outre sous silence le fait que l’initiative n’y pourra rien changer.

Si les effets négatifs de l’aéroport ont été trop longtemps niés, et les habitants de la Rive droite savent très bien ce qu’il faut en penser, il faut reconnaître aux initiants qu’ils savent tout autant, sinon mieux encore, passer sous silence les effets positifs de notre plateforme aéroportuaire. Pour celles et ceux qui croient à l’humanitaire, l’aéroport est l’outil indispensable qui permet à notre République d’être la capitale mondiale des droits humains, non seulement parce que c’est le lieu où se tiennent le plus de conférences dans ce domaine, mais parce qu’elle concentre des ONG qui peuvent être actives dans le monde entier depuis Genève.

L’aéroport est l’outil indispensable qui a permis à notre République d’accueillir en 1979 la première conférence mondiale sur le climat, d’être en 1985 le lieu où la rencontre entre les présidents Reagan et Gorbatchev a mis fin à des décennies de guerre froide et ouvert une nouvelle ère, ou encore, tout dernièrement, de recevoir des délégués venus de plus de 180 pays pour définir le degré de protection accordé aux animaux et aux plantes sauvages par la Convention de Washington (CITES).

Renoncer à l’aéroport, c’est aussi renoncer à la réussite économique de notre région, qui finance une offre culturelle extraordinaire et des prestations sociales et de santé significatives (1 milliard par an pour les HUG, par exemple). Si l’avion est l’outil qui permet aux scientifiques d’étudier les pôles, les volcans ou les déserts, il offre aussi à tout un chacun la possibilité de découvrir la diversité et la richesse de notre monde. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si les jeunes sont proportionnellement les plus importants utilisateurs de l’avion…

Tant pour des raisons économiques qu’environnementales, le taux de remplissage des avions s’améliore, ce qui induit une réduction du nombre de mouvements (–1,9% en 2018), et l’Aéroport de Genève entend, avec l’appui des autorités cantonales et fédérales, utiliser tous les outils à sa disposition pour réduire le bruit et la pollution générés. S’il est bon et légitime qu’il fasse l’objet d’un débat public sur sa mission, le temps est venu que son conseil d’administration, composé uniquement de personnes désignées démocratiquement par des élus, et sa direction puissent le gouverner efficacement, tout en continuant à rendre des comptes, comme ils le font déjà, aux autorités cantonales et fédérales.

Comme le propose le contre-projet adopté par le Grand Conseil, l’objectif est que l’aéroport fournisse une desserte aérienne de qualité qui réponde aux besoins de la population, des entreprises et de la Genève internationale. C’est donc sans hésitation que je voterai oui à ce contre-projet, et non à l’initiative 163.

Créé: 24.09.2019, 18h13

Bertrand Reich

Membre du conseil d’administration de Genève Aéroport et président du PLR genevois

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