En 1819, le pape se penche sur Genève

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Le 20 septembre 1819, le pape Pie VII penchait sa bienveillante sollicitude sur le destin des catholiques de Genève. Il décidait de détacher une vingtaine de paroisses du diocèse de Chambéry (au grand désarroi, d’ailleurs, de l’archevêque du lieu) et de rattacher Carouge, Lancy, Bernex, Chêne, Meyrin ou Versoix au diocèse de Lausanne, dont l’évêque résidait (déjà) à Fribourg.

Cet acte pontifical n’est pas seulement important pour le diocèse, dont il marque une nouvelle étape. Il est surtout important en tant que l’un des ingrédients de cette identité genevoise qui se cherche tout au long du XIXe siècle.

Jusque-là, les catholiques genevois avaient toute raison de regarder soit vers la France (c’est Napoléon qui avait officialisé leur culte à Genève), soit vers la Savoie, dont on faisait pleinement partie jusqu’en 1816 si l’on habitait Carouge ou Compesières. Or, à la demande pressante du Conseil d’État, qui ne voulait pas d’un évêque étranger, ils allaient désormais tourner leurs yeux vers Fribourg. S’ouvrait ainsi il y a deux siècles une nouvelle page de ce qu’Irène Herrmann a finement appelé «les vicissitudes d’une intégration nationale».

Dans cette affaire, rien ne devait aller de soi. Nombre des catholiques de Genève, sous la houlette de l’implacable curé Vuarin, affichaient pour le protestantisme un mépris non dissimulé. L’un d’entre eux, natif de Meyrin, se rappelait par exemple son enfance dans les années 1820: «J’avais en horreur les protestants et les mauvais livres. Je ne connaissais ni les uns ni les autres; mais le curé, dans ses sermons, en disait tant de mal qu’il fallait bien que ce fût vrai.»

Quant aux protestants, il leur faudra plusieurs générations pour se construire une nouvelle identité car pour eux, être genevois, c’était d’abord être protestant. En 1837, le pasteur Chenevière dénonce ainsi le péril catholique qui menace l’Église de Calvin: tout fout le camp, dit-il en substance, et voici qu’on risque «de devenir étranger soi-même au pays de ses pères». Il faudra attendre près d’un demi-siècle pour qu’un autre pasteur dénonce la confusion entre Église et Patrie, et près d’un siècle pour que Gustave Ador se fasse au Grand Conseil le défenseur de la laïcité.

À Genève, il y a deux siècles, il y avait des protestants et des catholiques qui rêvaient d’écraser l’adversaire. À cette époque pas si lointaine, les loups qui rôdaient encore parfois en hiver dans nos campagnes étaient loin d’être le seul danger qui menaçait la paix. Commémoration des 200 ans du bref de Pie VII, vendredi 21 septembre à 18 h 30 (Uni Bastions, auditoire Olivier-Reverdin), en présence de l’évêque Charles Morerod et du vicaire épiscopal Pascal Desthieux, et table ronde avec les professeurs Bernard Hodel (Fribourg) et Michel Grandjean. Entrée libre.

Créé: 18.09.2019, 18h46

Michel Grandjean

Professeur d’histoire du christianisme, UNIGE

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