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La rédactionRayons le terme «drame familial» de notre vocabulaire

La récente couverture médiatique d’un féminicide révèle à quel point les médias et la société continuent de banaliser le phénomène.

Mercredi 17 mars, le Conseil des États a refusé de gommer la notion de «crime passionnel» du Code pénal. L’idée venait de deux sénatrices tessinoises exaspérées par le fait que la presse de leur canton ait qualifié par ces termes un nouveau féminicide. «Cette terminologie juridique est souvent reprise dans le langage courant et cela donne le sentiment qu’il y a quelque chose d’excusable dans un meurtre passionnel», a déploré lors du débat la sénatrice Johanna Gapany (PLR/FR). En vain: la majorité des sénateurs a jugé la proposition inutile et compliquée.

Deux jours plus tard, un policier lausannois choisit d’ôter la vie à sa compagne dans son domicile de Bussigny. Et cela ne loupe pas. Dans son premier communiqué sur l’affaire, l’État de Vaud titre: «Drame relationnel à Bussigny – deux personnes décédées.» Les médias enchaînent, avec des variantes telles que «drame conjugal» ou «drame familial».

«Malgré la lente avancée des réflexions sur la question des violences faites aux femmes, leur traitement médiatique continue de favoriser leur banalisation.»

Ces termes ont fait bondir le Collectif de la Grève des femmes, qui qualifie la couverture médiatique du féminicide de «honte». À juste titre. Malgré la lente avancée des réflexions sur la question des violences faites aux femmes, leur traitement médiatique continue de favoriser leur banalisation.

Au cours des derniers mois, on trouve le qualificatif de «drame familial» de nombreuses fois dans la presse romande: le terme est utilisé tant pour un accident de voiture ayant tué un couple, pour l’incendie ayant ravagé la ferme d’une famille de Cortébert (BE), que pour le massacre d’une famille entière par un père, enfants compris, lors de vacances au Kosovo.

Force est de constater qu’en 2021, nous continuons de placer des assassinats d’une lâcheté absolue au même niveau que des accidents. Outre les médias, cette constante minimisation des féminicides est un cancer dont les métastases sont infiltrées dans toutes les strates de la société. Si les articles plus détaillés sur les événements de Bussigny utilisent, dans les jours qui suivent, le terme de féminicide, l’enquête de voisinage révèle un manque total d’empathie pour la victime. «Faut pas juger», l’auteur était «fort sympathique et jovial», insistent les voisins. La victime, répète-t-on comme s’il s’agissait d’une excuse valable, était étrangère et lui aurait piqué de l’argent.

Des crimes haineux

Imaginez un procès où un meurtrier est relâché sous prétexte qu’il était «surmené» et que la victime était une personne peu aimable. Pourquoi une telle absurdité ne nous fait pas réagir dans ce contexte? Dans les circonstances d’un autre crime haineux, jamais un journaliste n’oserait relater les faits de cette façon. Il y apporterait une autre analyse, rebondirait sur les propos et confronterait les témoins qui excusent à demi-mot le geste fatal.

La fréquence des féminicides confirme leur caractère haineux. Ces meurtres sont des actes perpétrés par des hommes blessés dans leur orgueil, qui considèrent très souvent leur femme comme une propriété. Il n’y a pas une seule trace d’amour là-dedans. Il est grand temps que la société entière s’en indigne.

17 commentaires
    CHARLES PITTET

    Lorsque j'observe mes expériences à la Belle-Idée de la psychiatrie, Psyco-gériatrie et la grande spécialité du personnel de la Déficiance mentale de l'autisme. J'ai pû observer parmis les différences personnalités de gens " hommes , femmes " des réfexions désabusantes pleines de jalousies, majoritaires Françaises. L'argument peu fiable de ces gens tourmentés d'envie, la jalousie est une invalidité psychiatrie. L'expérience de ces individus (es) peu confortable eu la désobligeance comme dans d'autres foyers à Genève, une incitation à la violence sur des propositions en groupe médical "bas terrain" en rendant une situation obligée dans un cadre adminitratif, sans médecin psychiatre et criminologue. Messieurs genevois (se) tout ceci est Français, une complaisance à eux-mêmes.