Passer au contenu principal

La rédactionQui méprise les institutions méprise aussi la démocratie

La triste pantalonnade de Donald Trump aux États-Unis montre à quels égarements le mépris des institutions, commencé bien avant lui, peut conduire.

Avez-vous déjà remarqué combien le mot «institution» est dévalorisé? Le raccourci vous semblera peut-être vulgaire, mais j’ai l’impression que, pour beaucoup d’entre nous, les institutions, c’est chiant! Le mot inspire quelque chose de gris, d’ennuyeux, de rigide, tout le contraire de la joyeuse liberté créatrice. Pis que tout, il a quelque chose de vieillot, quelque chose d’un passé que le présent a pour mission de bousculer et de rénover. Critiquer les institutions est un exercice qui vous gagne volontiers les faveurs du public. Les défendre est suspect.

Quand Donald Trump a été élu il y a quatre ans, malgré une minorité de voix, de nombreux commentateurs avaient critiqué le système des grands électeurs comme dépassé et antidémocratique: c’était la légitimité même de son élection qui se voyait contestée, y compris par les meilleurs esprits. Le sens profond du système, les équilibres fédéraux qu’il est censé garantir, tout cela passait pour des questions futiles au regard du scandale que représentait l’élection d’un populiste comme Donald Trump. D’ailleurs, pendant toute la législature, le thème de sa destitution a occupé une place invraisemblable dans le débat politique américain.

«L’illégitime d’hier hurle à l’illégitimité de son victorieux adversaire.»

Quatre ans plus tard, les rôles se sont inversés: l’illégitime d’hier hurle à l’illégitimité de son victorieux adversaire.

On me dira que la comparaison est bancale. Il y a quatre ans il y avait un constat de fait (2’860’000 voix de moins), alors qu’aujourd’hui les arguments de tricherie sont un mensonge dépourvu de fondement. C’est juste. Mais en réalité le ressort profond est le même: le mépris des institutions. Ce mépris des institutions qui autorise à contester un résultat qui ne vous convient pas, et qui conduira une partie non négligeable de la population américaine à considérer Joe Biden comme un président illégitime. Avec parmi eux, peut-être, de bons esprits…

Il y a deux ans en France, je croisais des «gilets jaunes» qui estimaient légitime d’exiger la démission d’Emmanuel Macron et qui rêvaient de forcer les portes de l’Élysée pour l’en chasser. Ils invoquaient la légitimité populaire, vingt mois à peine après l’élection présidentielle.

Contre l’arbitraire

Il y a deux jours à Washington, une foule de même nature a forcé les grilles du Capitole, portée par le même sentiment d’une légitimité populaire défiant l’injustice des institutions. Deux mois à peine après les élections.

Je ne prétends pas que les institutions sont parfaites, ni en France, ni aux États-Unis, ni même en Suisse. Je ne prétends pas non plus qu’elles ne peuvent être améliorées. Je dis seulement qu’elles sont comme les lois: elles protègent contre l’arbitraire. Ceux qui les méprisent méprisent aussi la démocratie. C’est la triste leçon des pantalonnades ubuesques de Donald Trump. Face à lui, les institutions américaines rappellent qu’elles sont un peu plus qu’un vieux mot gris, ennuyeux et rigide.

9 commentaires
    toyet

    Oui je méprise la démocratie, enfant de la terreur, elle a pris le pouvoir dans le sang, dans une révolution dont ce sont inspirés les bolchéviques, on a vu le résultat du sang que du sang. La république des colonies encore plus raciste que l'ancien régime qui lui était en dessus de ça. Je vous laisse vous goinfrer avec l'argent des suisses qui se lèvent tôt.Vive l'anarchisme.