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«Mockufiction» à hurler de rireQuelques louches d’humour «Tout simplement noir»

Fâché avec le label black et autres clichés branchouilles, le comédien-réalisateur se penche sur le chaudron identitaire. Le racisme, il est tombé dedans tout petit.

Ces jours, Jean-Pascal Zadi raie le parquet des idées reçues avec des dents si longues «qu’elles ressemblent à des morceaux de sucre», dixit sa complice humoriste Claudia Tagbo. Largement écartés en incisives du bonheur, ses crochets carnassiers devraient lui valoir le nirvana. En attendant, lui parle d’enfer au quotidien quant à la condition noire. Sorti dans la pleine actualité de l’Amérique de Donald Trump bouleversée par la mort tragique de George Floyd, son premier film, «Tout simplement noir», se vautre dans le mode comique trash pour montrer le chemin à parcourir.

Campagne d’affichage musclée pour «Tout simplement noir», où Zadi en artiste raté, incarne Louis XIV ou la Liberté guidant le peuple.
Campagne d’affichage musclée pour «Tout simplement noir», où Zadi en artiste raté, incarne Louis XIV ou la Liberté guidant le peuple.
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Grand Duduche «renoi»

Zadi, grand Duduche de 1 m 93, venu justement du 93, s’il ne porte jamais de chaussettes, marche volontiers dans le plat. Du moins ce géant cannibale des bonnes manières aligne-t-il les vannes énormes dans ce «mockumentaire» qui se gondole entre fiction et réalité. Lançant une marche humaniste rassembleuse, l’énergumène, rappeur, animateur du Mouv’, fils d’une famille de dix enfants, acteur raté par provoc, donne une règle. Seuls les mâles de race noire participeront. Là, le «frère» ulcère ses «grandes sœurs» afro-féministes, déjà revenues d’autres combats.

Judor, visage pâle

Ralliant la cause, l’humoriste Fary, plus avancé chez les people que son compère, indique le mode d’emploi des flagorneurs de médias. Même si lui, justement, s’est embrouillé dans une douteuse campagne de pub Banania. Soprano, gentil rappeur des familles, le soutient puis rougit des refrains nihilistes rajoutés par Zadi à son hymne. Éric Judor, Antillais de souche autrichienne, se trouve un peu pâle mais se convertit, tout comme Joey Starr, Fabrice Éboué ou Lucien Jean-Baptiste. Mitigés, les Juifs et les Arabes se tâtent, Ramzy en tête. De toute façon, les rabbins et autres, «c’est pas good vibes». Pas plus que le démon Dieudonné ou le saint Omar Sy.

Candide stratège

Dans des sketchs plus ou moins frappés, Zadi virevolte entre le Candide de Voltaire et le stratège de la communication. Tout témoigne de la superficialité de l’époque et de son infinie bêtise en matière d’ostracisme systématique. Voir encore Mathieu Kassovitz en réalisateur qui se cherche un spécimen colonial baraqué à la mesure d’un film de petit Banc – séquence aussi drôle que bête et méchante. L’humour craignos de «Hara-Kiri» renaît de ses cendres. Jusqu’au final manipulateur en photo de famille réconciliée au regard énamouré pour la condition humaine.

Mockumentaire (Fr., 90’, 10/14). VVV (excellent)