Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Quarante ans dans la nature
«Si le Julien de 11 ans voyait ce qu’on a réalisé à «La Salamandre», il serait OK»

Fondateur et rédacteur en chef de «La Salamandre», Julien Perrot pose dans un coin de forêt semblable à celui où tout a démarré.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

La rencontre a lieu dans un vallon neuchâtelois. Un bout de forêt semblable à celui où tout a commencé pour Julien Perrot, il y a quarante ans. Écolo de la première heure, l’homme est aujourd’hui patron de «La Salamandre», une maison d’édition dont les différents magazines comptent 85’000 abonnés en Suisse et en France. Une marche de quelques minutes et c’est l’assurance d’être inondé de noms et d’anecdotes sur les fougères ici, les hirondelles là-bas ou, bien entendu, les salamandres. Sans se départir de son sourire bienveillant, Julien Perrot a l’œil et l’oreille partout. La lumière? Sa posture pour la photo? Avec ou sans sac à dos?

À l’entrée du bois, une impatiente ne-me-touchez-pas attire son attention. «Ses fruits explosent lorsqu’on les touche». Petit bruit de pétard, et les graines sont propulsées dans tous les sens. L’analogie est trop belle pour ne pas la saisir au vol. Du magazine de gamin lancé en 1983 sont nées des revues nature pour enfants, des livres, des documentaires animaliers, une chaîne YouTube ou encore une série documentaire pour la RTS.

Contrer l’angoisse

Ce petit empire vert rend très fière sa femme, Corinne. «Après quarante ans, Julien réinvente sans cesse son métier.» Comme ces plantes qu’il chérit, Julien Perrot porte en lui le vivant et se propage. C’est aussi son côté solaire qui a séduit cette infirmière en psychiatrie qui aime «danser avec les arbres» et se sent, elle aussi, en connexion avec la nature. «On partage beaucoup de notre fascination pour le monde, mais aussi les angoisses qui nous rongent le cœur», confie le biologiste de formation au sujet de celle qu’il a rencontrée il y a onze ans, lors d’un stage de danse contact, et avec qui il fait parfois quelques pas de salsa, dans le salon, le soir venu.

Et c’est bien cette révolte, celle du gamin qui, avec ses lunettes aux verres trop épais, lançait des formules de sage telles que «si cela continue, l’avenir ne vaudra peut-être plus la peine d’être vécu», et ce côté «franc et sincère» qu’il a encore, qui ont poussé Julien Perrot à mener son combat à une époque où tout semblait changer autour de lui de façon incroyable. «Quand vous allez observer les papillons dans une prairie, et que l’année suivante, c’est devenu un parking, vous prenez une claque», lance-t-il.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

C’était souvent seul que ce jeune Julien, fils d’un agriculteur et d’une secrétaire médicale, allait se promener en forêt dans la région d’Allaman (VD). Et c’est durant une nuit pluvieuse qu’il a aperçu, dans le faisceau de sa lampe de poche, la mythique créature noire et jaune accrochée à une vieille souche, «comme un dinosaure miniature dans nos forêts»: la salamandre. Le besoin de partager sa passion a fait le reste.

De nos jours, il aurait d’abord investi les réseaux sociaux. Mais en 1983, Julien Perrot se débrouille pour créer un fanzine, qu’il nomme logiquement «La Salamandre». Un petit magazine artisanal, tapé sur la machine à écrire de sa grand-mère, imprimé grâce aux toutes premières photocopieuses et distribué dans les cours d’école.

«Je n’aurais jamais imaginé que j’en ferais mon métier», raconte-t-il. Julien Perrot est tout de suite repéré par la Télévision suisse romande, qui braque la lumière sur lui et son magazine. Ce franc-parler, ce sérieux qu’il met dans la défense de la biodiversité font de lui une petite sommité locale. «Le plus jeune rédacteur en chef de Suisse romande» prête son image et porte «La Salamandre».

«J’ai toujours eu envie de faire des numéros plus beaux, de toucher plus de gens, de propager mon message d’amour et de respect pour la nature.»

Julien Perrot, fondateur de «La Salamandre»

«J’ai toujours eu envie de faire des numéros plus beaux, de toucher plus de gens, de propager mon message d’amour et de respect pour la nature», raconte ce père de trois enfants dont deux issus d’un précédent mariage.

Autour de ses 20 ans, il se pose la question: quoi faire de ce hobby alors qu’il aime aussi l’histoire, la littérature, qu’il avait étudié le latin et le grec au gymnase? Julien Perrot devient finalement biologiste, comme son grand-père, mort quelques années avant sa naissance. Et à 25 ans, son diplôme en poche, il décide de ne plus se consacrer qu’à «La Salamandre». Laquelle se diversifie. Il y a la création de deux magazines pour les enfants en 1998, puis de documentaires nature, dès 2001. «On a appris sur le tas, au début c’était un peu moyen», lance-t-il, toujours modeste.

Dans ce besoin continuel de partage, la maison d’édition a multiplié les pistes, parfois moins heureuses, comme le lancement de «La Petite Salamandre» en allemand, expérience qui a tourné court après deux ans. «On a eu des hauts et des bas», résume le rédacteur en chef, qui en 2012 a dû faire face à des difficultés financières, et même passer par des licenciements. «Un drame», commente-t-il sobrement.

Prendre racine

Mais durant ces quatre décennies, ce sont surtout les succès qui se sont enchaînés. Un festival à Morges (VD), lancé pour les 20 ans du magazine, des bouquins, dont «Le grand livre de la nature», un «pavé de 800 pages qui s’est vendu à 15’000 exemplaires». Et le lancement de magazines en France. Un travail qui a fini par porter ses fruits. «La moitié de nos abonnés sont là-bas maintenant», raconte Julien Perrot. Un miracle d’édition, pour des titres qui fonctionnent depuis le départ sans publicité et sans vente en kiosque.

Julien Perrot a joué le rôle de moteur auprès de son équipe, qui compte désormais 28 personnes. Et, «même s’il est parfois difficile à suivre tellement les idées fusent», raconte Martine Moulin, collaboratrice depuis vingt ans, il s’est aussi beaucoup remis en question. Jusqu’à réorganiser son entreprise en gouvernance partagée, depuis 2017. «Il prend beaucoup plus les autres en considération et il est plus facile de lui dire quand ça fait trop», confie sa collègue.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

«Cela me permet aussi de me concentrer sur mon rôle d’ambassadeur», lance Julien Perrot. C’est donc ce jeune quinquagénaire qui prête son image à sa chaîne YouTube, La Minute nature. Encore un succès, avec ses quelque 100’000 abonnés. Quant à l’émission «Nos amis sauvages»,  sur la RTS, elle revient à l’antenne dès samedi pour une 4e saison. En duo avec la comédienne Zoé Schellenberg, le naturaliste reprend son exploration de la nature qui nous entoure.

S’ils s’immergent moins aujourd’hui dans les expéditions de leur père, ses deux ados l’ont accompagné dans d’invraisemblables aventures. Julien Perrot ne compte plus les affûts pour observer castors, blaireaux et autres sangliers. Et s’il a progressivement lâché prise avec les aînées, il profite des jolis moments avec sa petite dernière âgée de 9 ans. Comme en France, il y a cinq ans, dans le Parc national des Écrins. La fillette avait marché courageusement sous la pluie jusqu’à un refuge où ils avaient passé la nuit. «Elle rêvait de voir les bouquetins. Le lendemain matin, jour de son anniversaire, ils sont apparus juste devant nous au petit-déjeuner. C’était un grand moment», confie Julien Perrot.

«Je pense souvent au petit Julien», conclut l’éditeur, qui est souvent en dialogue avec son «lui» du passé qui vérifie qu’il est bien aligné sur ses valeurs. «En voyant ce qu’on fait maintenant à «La Salamandre», le garçon de 11 ans ne dirait pas que j’ai déconné, que je me suis perdu dans ce monde terrible. Il serait OK.»

«Nos amis sauvages», RTS1, samedi 26 août, 18 h 45.
Infos concernant «La Salamandre»:
www.salamandre.org

Newsletter
«Dernières nouvelles»
Vous voulez rester au top de l’info? «Tribune de Genève» vous propose deux rendez-vous par jour, directement dans votre boîte e-mail. Pour ne rien rater de ce qui se passe dans votre canton, en Suisse ou dans le monde.

Autres newsletters