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GenèveProcès «mains rouges»: l’activiste acquitté

Le militant du collectif Breakfree Suisse, condamné pour dommages à la propriété sur un bâtiment de Credit Suisse, a été acquitté en appel.

Le militant avait apposé des mains rouges sur un bâtiment de Crédit Suisse.
Le militant avait apposé des mains rouges sur un bâtiment de Crédit Suisse.

A Genève, l’activiste de Breakfree Suisse, condamné pour dommages à la propriété sur un bâtiment de Credit Suisse (CS), a été acquitté en appel mercredi. La Chambre pénale d’appel et de révision a reconnu l’état de nécessité putatif face à l’urgence climatique.

«Ce verdict ne constitue pas un blanc-seing pour commettre d’autres dommages. Il ne doit pas non plus être source de réjouissance, car il est le constat d’un échec imminent», a déclaré en conclusion la présidente du tribunal Gaëlle Von Hove. S’il a été reçu avec soulagement par l’activiste de 23 ans et son avocate Laïla Batou, ce jugement n’a pas suscité d’effusions de joie dans le public.

La Chambre pénale d’appel et de révision estime que l’activiste ne peut pas se voir imputer la faute des autres participants à l’action du 13 octobre 2018, lors de laquelle ils avaient apposé leurs mains couvertes de peinture rouge sur le siège genevois de CS pour dénoncer les investissements de la banque dans les énergies fossiles. Le jeune homme avait utilisé de la peinture lavable.

De plus, il avait reconnu son geste, ne s’était pas soustrait à sa responsabilité et n’avait pas agi dans le but de détruire. Il avait voulu atteindre la banque afin qu’elle revoie ses investissements massifs dans les énergies fossiles et ainsi protéger sa vie et son intégrité corporelle, menacées par le réchauffement climatique. Breakfree Suisse cherchait, de manière graduelle, à faire réagir CS depuis 2016, en vain.

Risque réputationnel

Pour le tribunal, l’action «mains rouges» s’inscrit pleinement dans la logique des mesures prônées par le Conseil fédéral pour infléchir la courbe du réchauffement climatique et qui misent sur le risque réputationnel de la place financière. Or la position officielle de CS ne correspondait pas à sa pratique concrète d’investissements. N’ayant pas de fortune, l’activiste ne pouvait pas agir comme client ou actionnaire.

Citant un article du «Temps», la Cour considère que cette action ou celle de Lausanne, qui a vu douze militants du climat condamnés en deuxième instance huit mois après avoir été acquittés, n’aura peut-être pas été vaine. En 2019, CS a pris conscience de son rôle dans le réchauffement climatique et a réduit ses investissements problématiques.

«Ecouter la jeunesse»

«Les juges ont pris leurs responsabilités en tant que troisième pouvoir», a salué Me Laïla Batou. Egalement avocate dans l’affaire lausannoise, elle relève que la Cour genevoise a estimé que les autorités n’avaient pas pris de mesures suffisantes en 2018 pour s’en remettre à une action politique, d’où l’action de la société civile.

«Tout d’un coup, on semble écouter la jeunesse», a réagi l’activiste, relevant que «la justice reconnaît que les manifestations et les pétitions ne suffisent pas contre les géants financiers.» Selon lui, une réflexion est toujours menée sur le type d’action et les dommages causés.

Le Ministère public et la banque ont 30 jours pour recourir contre ce jugement auprès du Tribunal fédéral. La procureure n’a pas fait de commentaires à l’issue de l’audience. «Nous prenons note du verdict et allons l’analyser», a pour sa part indiqué CS à Keystone-ATS. L’activiste avait été condamné en février à 10 jours-amendes à 30 francs avec sursis par le Tribunal de police.

ATS/NXP