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Éditorial Privilégiés, les joueurs sont aussi redevables

Les joueurs de Genève-Servette ont accepté de réduire collectivement leurs salaires de la saison 2020-2021, pour aider le club à surmonter la crise du Covid-19. Tandis que la thématique de la surenchère dans le hockey suisse, avec une bulle prête à exploser, a alimenté les discussions ces derniers mois, l’exemple genevois est un premier pas vers davantage de retenue. Les autres clubs de l’élite, dont le Lausanne HC, ne sont toutefois pas aussi avancés. Il leur est difficile de convaincre un vestiaire de revoir ses prétentions à la baisse tandis que les retombées exactes de la crise ne sont pas encore connues, et alors que subsistent tant d’incertitudes sur le prochain championnat.

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À Lausanne, où les joueurs ne sont payés que sur neuf mois, le club a pu verser normalement les deux derniers salaires de mars et d’avril, malgré l’arrêt abrupt des activités économiques. Le prochain versement ne surviendra qu’au mois d’août. De quoi passer l’été tranquillement. Le futur, en revanche, est bien plus flou et rien n’indique que les joueurs du LHC ne devront pas à leur tour passer à la caisse, notamment s’il est question de reprendre la compétition avec des affluences de spectateurs réduites à la Vaudoise aréna.

À Genève, le capitaine des Aigles, Noah Rod, a soulevé un point important: «Tout ce que j’ai dans la vie, je le dois au GSHC», a dit l’international suisse. Popularité, reconnaissance, starification pour les meilleurs, aisance financière. Certes, le talent, l’investissement personnel et les efforts consentis pour faire partie des rares élus qui réussissent à sortir du lot en sport ont un prix, et les hockeyeurs seraient bien sots de ne pas accepter les sommes parfois extravagantes que les clubs veulent bien leur offrir. Mais trop souvent, ces mêmes joueurs finissent par oublier qu’ils sont également redevables.

Conditionnés à penser (agents, entourage) qu’une carrière est très courte et que chaque franc est bon à prendre, mais aussi que chaque effort, entraînement et match ont le poids d’un «sacrifice», sans aucune remise en perspective, les hockeyeurs seront amenés à revoir leur jugement et à recevoir un peu moins à l’avenir. Tandis que la moyenne salariale pour un joueur suisse oscille actuellement entre 250’000 et 300’000 francs brut par an, ils feront quoi qu’il arrive toujours partie des privilégiés de la société.