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Images de prisonniers nord-coréens
Comment Zelensky a violé la troisième Convention de Genève

Un prisonnier de guerre nord-coréen présumé assis dans l’obscurité avec les mains bandées et un pull rayé.
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«Tout est fait pour qu’il nous soit impossible de capturer des Nord-Coréens.» Avec une certaine frustration, le président ukrainien déplorait fin décembre la difficulté à mettre la main sur des combattants vifs que Pyongyang aurait déployés dans la région russe de Koursk.

Depuis, le vent semble avoir tourné en faveur du président ukrainien. Le 11 janvier dernier, Kiev a annoncé la capture de deux prisonniers de guerre nord-coréens. Et c’est le président Zelensky lui-même qui a levé le voile sur cette prise de guerre. Sur Telegram, il a accompagné son message de photos des deux militaires présumés en détention. L’un d’eux avait des pansements visibles autour des deux mains, l’autre autour de la mâchoire.

Sur les clichés, le visage des deux détenus était bien identifiable. Et c’est là tout le problème. «La publication des images de prisonniers de guerre sur lesquels ils sont reconnaissables est une violation d’une disposition du droit international humanitaire, en l’occurrence l’article 13 de la troisième Convention de Genève de 1949», déclare Julia Grignon, directrice scientifique de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem) à Paris. «Cette disposition interdit que les combattants tombés aux mains de l’ennemi soient soumis à la curiosité publique.»

«Exhibés au détriment de leur dignité»

Depuis la Suisse, nous avons contacté le bureau du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Kiev. Son porte-parole avertit qu’il ne se prononce pas sur des cas spécifiques et rappelle que les Conventions de Genève, au nombre de quatre, ont été créées et adoptées par les États après les souffrances et les troubles de la Seconde Guerre mondiale.

«L’inclusion de mesures de protection des prisonniers de guerre contre la curiosité publique découle en partie de cette expérience d’un monde en guerre, où des prisonniers étaient «exhibés» en public, au détriment de leur dignité», explique Patrick Griffiths.

Ce n’est pas la première fois que les autorités ukrainiennes diffusent des images de captifs de guerre. En mars 2022, moins d’un mois après le début du conflit, elles avaient présenté à la presse internationale des soldats russes présumés faits prisonniers, toujours à visage découvert, déclenchant une vive polémique.

Pourquoi donc Volodymyr Zelensky a-t-il encore diffusé des photos sur lesquelles des prisonniers de guerre étaient reconnaissables? Contactée, l’ambassade d’Ukraine à Berne n’a pas répondu à nos questions. Une chose est sûre, Kiev n’a jamais caché son envie de capturer des soldats nord-coréens pour prouver l’implication de Pyongyang dans le conflit qui l’oppose à la Russie. «Zelensky veut sans doute montrer à l’opinion ukrainienne et internationale qu’il prend de l’ascendance», analyse Julia Grignon.

«Les médias devraient flouter les images»

Que fait le CICR quand des images de prisonniers de guerre sont publiées? «Conformément à notre mandat et à notre principe de neutralité, lorsque nous avons une préoccupation humanitaire liée au droit de la guerre, nous en faisons part directement aux personnes concernées, par le biais de notre dialogue confidentiel qui est tout simplement l’outil qui nous donne la meilleure chance de parler à toutes les parties et d’atteindre ceux qui sont dans le besoin», explique son porte-parole.

Le président ukrainien n’a pas été le seul à enfreindre la troisième Convention de Genève. Son action a été suivie par plusieurs médias qui ont repris les photos des deux captifs. De quoi amener le porte-parole du CICR en Ukraine à rappeler certaines bonnes pratiques. «En matière de couverture médiatique, notre conseil est de ne pas révéler l’identité des prisonniers pour leur sécurité, leur dignité et celle de leurs familles, déclare Patrick Griffiths. Éviter de montrer les visages ou d’utiliser les noms complets est une bonne pratique à appliquer.»

Pour Julia Grignon, l’attitude des médias relève plutôt de l’ignorance. «Dans un cas comme celui-ci, les médias qui veulent absolument publier les photos devraient tout au moins flouter les images.»

Soutenir les civils touchés

Pour l’heure, le président Zelensky affirme qu’«il y aura sans aucun doute davantage» de soldats nord-coréens capturés à l’avenir par ses troupes. À ces futurs prisonniers, il promet que ceux qui ne souhaitent pas retourner dans leur pays bénéficieront «d’autres options», à condition qu’ils «racontent en coréen la vérité sur cette guerre». Il est disposé à échanger les prisonniers nord-coréens en détention contre des soldats ukrainiens aux mains des forces russes.

En attendant, les combats se poursuivent dans la région de Koursk où l’armée ukrainienne occupe plusieurs centaines de kilomètres carrés depuis août. Selon Kiev, 12’000 soldats nord-coréens y seraient déployés, dont près de 500 officiers, parmi lesquels trois généraux. Ni la Russie ni la Corée du Nord n’ont confirmé la présence de ce contingent.

Le CICR n’est pas présent dans cette région, faute d’avoir reçu, de la part de toutes les parties, l’accord nécessaire sur les modalités de travail et les garanties de sécurité pour son personnel. Malgré cela, confie Patrick Griffiths, «avec nos partenaires des sociétés ukrainiennes et russes de la Croix-Rouge, nous avons pu soutenir les civils touchés par les combats des deux côtés de la ligne de front».