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Série théâtralePrévu comme une pièce, l’épisode 7 se mue en dispositif Covid-compatible

Après une longue interruption, le feuilleton genevois «Vous êtes ici» reprend sous la forme d’une installation pour piano, ombres et marionnettes.

Des ombres, des lumières, des branchages, et des fétiches en lieu et place d’acteurs.
Des ombres, des lumières, des branchages, et des fétiches en lieu et place d’acteurs.
GINA TAGLIABUE

Reprenons la formule consacrée: précédemment, dans «Vous êtes ici». La toute première série théâtrale imaginée (par l’association République éphémère) pour relier onze plateaux genevois le temps d’une saison avait débuté en septembre 2020 à l’Orangerie. C’est alors qu’un public chaud bouillant avait fait connaissance des personnages, une dizaine de locataires d’un immeuble de la Jonction soudain ébranlé par une violente secousse terrestre. Happé par leurs déboires, on les retrouvait quinze jours plus tard au Poche, en train de se réorganiser dans les ruines. Et puis, patatras, la catastrophe s’est déplacée de la fiction à notre train-train, frappé à nouveau par les mesures anticovidiques: annulés coup sur coup, les épisodes 3, 4, 5 et 6. Au plus a-t-on pu suivre en streaming le solo pour un poulpe signé Stefan Kaegi, qui accompagnait la transformation d’Ada, protagoniste transgenre et «transespèce», en mollusque à neuf cerveaux.

Aux Marionnettes, les fils actionnent jusqu’au piano. 
Aux Marionnettes, les fils actionnent jusqu’au piano. 
GINA TAGLIABUE

Pour que l’épisode 7 puisse voir le jour en cet équinoxe de printemps, c’est le projet lui-même qui a dû subir une mue. De pièce, il passe à installation, qu’un maximum de huit spectateurs peut visiter à la fois, tandis que le contenu tourne en boucle pendant les heures d’accès au Théâtre des Marionnettes de Genève (TMG). Sur le plateau, la nuit enveloppe désormais ce chapitre, intitulé «Lointemps» parce qu’il se projette dans le «grand futur». Les quatre comédiens que dirige la Française Bérangère Vantusso – Barbara Baker, Fanny Brunet, David Gobet et Barbara Tobola – ont été convertis en régisseurs des ténèbres, maniant entre les branches de la scénographie leur torche nimbée de mystère. Le texte composé par Joël Maillard s’est fragmenté de sorte à ne résonner qu’une vingtaine de minutes au lieu du triple. Il raconte comment les failles se sont refermées sur les survivants qui les habitent, et comment l’histoire de ces communautés, à la surface du nouveau monde, est devenue la source d’une nouvelle mythologie.

«La forte dimension plastique du spectacle d’origine se prête bien à l’adaptation en dispositif visuel et sonore», constate la metteure en scène. Le travail, tant sur les lumières (Jonathan O’Hear) que sur la musique (Brice Catherin), ressort même valorisé de la métamorphose. Sur de longues bandes de papier actionnées par des fils viennent s’inscrire les ombres de l’anticipation; du piano disklavier qui joue seul grâce aux fils immatériels de l’électronique s’échappent des notes anticipées. Le TMG, lui, n’a par bonheur pas à rester suspendu aux annonces du gouvernement. 

«Lointemps» TMG, sa 20 et di 21 mars de 15 à 17 h., lu 22, ma 23 et me 24 de 18 à 20 h., entrée libre, www.marionnettes.ch