
Athenaz, 14 septembre
Journaliste, fort d’une carrière de cinquante ans au service de l’organe de la Fédération des entreprises romandes Genève, j’ai été consterné par l’annonce de Tamedia «menaçante» pour la survie de la «Tribune de Genève» notamment et de centaines d’emplois. Consterné comme de nombreux lecteurs et politiciens de milieux divers, mais avec une autre approche que celle qui consiste à crier «simplement» haro sur l’éditeur.
Comme le relevait récemment Marian Stepczynski dans ces colonnes, il y a belle lurette que l’érosion de la presse écrite a commencé. On a vu sombrer des quotidiens aussi différents que le «Journal de Genève», «La Suisse» ou «La Voix ouvrière». Pour le premier, on avait invoqué un soutien insuffisant des milieux financiers, pour le deuxième la concurrence de la «Tribune» et une gestion discutable, pour le troisième la fin du «communisme».
À chaque fois, certains ont déploré qu’une aide ne soit pas apportée sous une forme ou sous une autre. Plus près de nous, dans la «Tribune de Genève», l’ancienne conseillère d’État Anne Emery- Torracinta (fille et mère de journalistes, elle connaît bien le sujet), avait signé un papier revendiquant un soutien d’État à la presse, comme le font maintenant divers milieux face à cette nouvelle menace affectant la Julie.
Mais… soutenir une presse écrite en danger de mort faute de lecteurs, d’abonnés et donc d’annonceurs n’est-ce pas poser un emplâtre sur une jambe de papier? La première démarche ne devrait-elle pas être d’essayer de donner ou redonner le goût de la bonne information à celles et ceux qui se sont détachés d’elle pour s’être laissés prendre aux sirènes d’internet et des réseaux?
Celles et ceux qui ne voient pas que ces nouveaux canaux ne sauraient véhiculer des informations dignes du système politique incomparable qui est le nôtre. Pas grand-chose sur ces réseaux qui soit vraiment à la hauteur de la déontologie de la profession (n’en déplaise à tel chantre de l’UDC pour qui la plupart des journalistes sont nuls et les médias devenus inutiles!), des avis juxtaposés de personnalités défendant des points de vue différents, voire de courriers antagonistes mais bien étayés pouvant aider le lecteur à se situer. Même les débats télévisés seraient boudés par les jeunes…
Alors se pose la question du comment. Comment donner ou redonner, si faire se peut, ce goût pour la bonne information? À l’école, parce que, à de notables exceptions près, on ne peut plus compter sur l’exemple familial? Au travail, encouragé par des employeurs conscients qu’ils ont tout à gagner, y compris en termes d’image, à contribuer à une pluralité de l’information? Au travers d’associations responsables qui, elles, pourraient être soutenues publiquement?
Ou tirer l’échelle et laisser le «bon» peuple sombrer à terme dans l’anarchie ou une forme de dictature faute d’information pertinente? On n’ose l’imaginer, mais on peut le craindre.
Didier Fleck, ancien rédacteur en chef de «Entreprise romande»
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Lettre du jour – Presse écrite: un autre point de vue
Comment donner ou redonner, si faire se peut, ce goût pour la bonne information?