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Présidentielle américaine
Trump joue encore la montre en justice

FILE - Former President Donald Trump leaves Manhattan criminal court, Feb. 15, 2024, in New York. Judge Juan Manuel Merchan agreed Friday, March 16, to delay former President Donald Trump?s hush-money criminal trial in New York until mid-April after his lawyers said they needed more time to sift through new evidence. (AP Photo/Mary Altaffer, File)
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Donald Trump passe une sale semaine. Condamné à payer d’ici au lundi 25 mars la somme astronomique de 454 millions de dollars dans le cadre de l’affaire pour fraudes éclaboussant son empire immobilier, l’ex-président ne serait pas en mesure de régler l’ardoise. C’est ce que ses avocats ont affirmé dans des documents judiciaires dévoilés lundi 18 mars, précisant qu’une trentaine d’assureurs avaient été approchés pour lui servir de garants. En vain. Faute de règlement d’ici à la fin de la semaine, l’ancien homme d’affaires pourrait voir une partie de ses biens saisis par les autorités ou se retrouver dans la position inconfortable de devoir en vendre le plus rapidement possible.

Malgré cette grosse épée de Damoclès, le businessman tribun pourrait être dans une situation bien pire. Visé par quatre affaires pénales (gestion des archives confidentielles de la Maison-Blanche en Floride, paiements secrets à l’actrice X Stormy Daniels à New York et tentative d’inversement des résultats de la présidentielle à Washington et en Géorgie), le New-Yorkais est parvenu jusqu’à présent à éviter le démarrage de procès embarrassants au moment où la campagne contre Joe Biden s’intensifie.

Gagner du temps

Comment? Un mélange de stratégie, d’erreurs de la part des procureurs et de coups de chance. «Je doute qu’il y ait une quelconque condamnation avant la Convention républicaine de juillet, où il sera formellement investi candidat du parti, ou même l’élection de novembre, estime Bob Jarvis, professeur de droit constitutionnel à Nova Southeastern University (Floride). En plus de la lenteur inhérente à la procédure judiciaire, il faut ajouter les facteurs qu’on ne contrôle pas: témoins non disponibles, avocats malades… Et bien sûr, les décisions de justice feront l’objet d’appels.»

epaselect epa11224761 Former US president Donald J. Trump (C) delivers a speech at the Buckeye Values PAC Rally presidential election campaign in Vandalia, Ohio, USA, 16 March 2024.  EPA/MARK LYONS

Sur le plan stratégique, le 45ᵉ président et ses avocats sont en train de remplir leur objectif: tout faire pour gagner du temps. Leur espoir: éviter toute condamnation avant l’élection du 5 novembre et mettre un terme aux poursuites si Donald Trump revient au pouvoir. Dans l’affaire de la tentative de subversion de l’élection de 2020 et le siège du Capitole, la défense du Républicain est ainsi parvenue à retarder l’ouverture du procès, prévue pour le 4 mars à Washington, en arguant que son client jouissait d’une immunité présidentielle. À présent, la Cour suprême doit trancher la question, mais ne le fera pas avant juin.

Stratégie et coup de chance

En Géorgie, où se déroule l’enquête sur la remise en cause des résultats de la présidentielle dans cet État clé, l’homme d’affaires et ses co-inculpés ont su exploiter une «erreur» de la procureure du comté de Fulton, Fani Willis, qui a nommé à la tête du dossier un employé avec lequel elle entretenait une relation amoureuse. Un juge lui a ordonné de le remplacer, entraînant là encore retards et digressions dans cette affaire pourtant cruciale. Avec celle des paiements secrets à Stormy Daniels, c’est la seule où «le Donald» ne pourra pas s’autogracier s’il est réélu, car elle dépend d’un État fédéré et non du fédéral.

En Floride, où il est poursuivi pour avoir conservé et partagé sciemment des documents confidentiels après la fin de sa présidence, le hasard du tirage au sort des juges a fait que le dossier est suivi par la magistrate Aileen Cannon. Un coup de chance pour le milliardaire: nommée par lui en 2020, elle a été accusée de traîner des pieds pour fixer la date d’un éventuel procès. Ses affinités politiques avec l’ex-président et son manque d’expérience dans des affaires aussi complexes sont mises en cause.

Republican presidential candidate former President Donald Trump salutes at a campaign rally Saturday, March 16, 2024, in Vandalia, Ohio. (AP Photo/Jeff Dean)

Retards de procédure

D’après Bob Jarvis, Donald Trump profite aussi du retard pris par l’accusation dans la préparation des procès. En effet, il a fallu attendre avril 2023 pour que le procureur de Manhattan, Alvin Bragg, décoche la première inculpation contre le Républicain. «Le vrai problème, c’est que ces affaires auraient dû être lancées il y a des années, dit-il. Ces délais sont liés au profil extraordinaire de l’accusé: jamais un ancien président n’a été arrêté. Les procureurs voulaient s’assurer que les dossiers étaient solides, car ils avaient peur d’être traînés dans la boue par les médias de la droite dure… Ils l’ont été quand même.»

Une chose est sûre, chaque jour sans condamnation est une chance pour Donald Trump. «Plus on se rapprochera de l’élection, plus sa stratégie de victimisation, où il fait croire depuis un an qu’il est la cible d’une chasse aux sorcières, deviendra audible, estime Bob Jarvis. S’il parvient à jouer la montre encore quelques mois, il pourrait s’en sortir.»