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L’éditorialPrésentations de saison en temps de virus

Georges Cabrera

On nous enjoint, à juste titre, de ne pas crachoter sur nos interlocuteurs. Pourtant, à l’ère des contagions mortelles, les théâtres se voient paradoxalement contraints de postillonner leurs programmes de saison. Tant d’incertitudes, tant de limitations pèsent sur les salles de spectacle et leurs populations que leurs directeurs ou directrices ont dû courber l’exercice annuel de la présentation de saison. En temps normal, les institutions se mettent d’accord pour égrener leurs annonces à tour de rôle sur les mois de mai et juin – annonces aussitôt relayées par la presse, jour après jour. Rien de tel ce printemps. Ce printemps soumis à la loi de la gouttelette isolée.

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À moins de prévoir masques, gel et distance sociale, impossible, déjà, de réunir les audiences curieuses
de découvrir des affiches de toute façon condamnées à la faille, à la béance, à l’atomisation. Faute de perspective. De coudées franches. Et trop souvent de sécurité financière.

Ainsi chacun y va de son impromptu, en ordre dispersé. Il y a ceux qui maintiennent contre vents et marées le rituel ancestral et ceux qui le suppriment carrément. Ceux qui communiquent une programmation parcellaire par voie de newsletter et ceux qui leur préfèrent les algorithmes des réseaux sociaux. Sans compter ceux qui déballeront leurs secrets en vrac, dans un toussotement en temps voulu.

Autant dire que les théâtres ont été forcés de réinventer de vieux réflexes. Une fois de plus, on constate qu’un mal peut s’avérer inspirant, rien qu’en imposant le changement. Le risque, dans le cas des menus saisonniers? Que la mise en réseau louée deux législatures durant par le magistrat chargé de la Culture en Ville de Genève, Sami Kanaan, vole en éclats au profit du morcellement institutionnel.

Avec ou sans nouvelle vague pandémique, le bras de fer se poursuit entre classicisme et improvisation.