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Pouvoir d'achat«J’ai travaillé toute ma vie et pour quoi en fin de compte?»

Des manifestants contre la hausse du coût de la vie, samedi 16 septembre à Berne. Les syndicats exigent d'augmenter les salaires et les retraites.
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Hélène ne veut pas être photographiée. La honte, avoue-t-elle dans un murmure. «À mon âge, je ne devrais pas être ici à manifester.» Cette ancienne assistante médicale de Sierre s’en sortait tout juste avant l’inflation. Aujourd’hui, à 68 ans, sa petite retraite suffit à peine pour boucler les fins de mois. «J’ai travaillé toute ma vie et pour quoi en fin de compte? Si je n’avais pas mes enfants qui me soutiennent financièrement, je ne m'en sortirais pas.»

Un peu plus loin dans le cortège rouge et blanc aux couleurs des drapeaux de l’Union syndicale suisse (USS), Sylvie, 44 ans, se sent encore parmi les privilégiés. «On nous a annoncé une adaptation de nos salaires de 2,2%, explique cette enseignante de Saint-Imier. Mais la précarité, je la vois au quotidien, au-delà de mes classes. De plus en plus de gens dans le Jura bernois font appel aux banques alimentaires.»

«L'année prochaine, nous paierons 1000 francs d'électricité en plus.»

Germaine, de Saint-Imier

À ses côtés, Germaine, la mère, reconnaît que les temps sont difficiles. «L’année prochaine, nous paierons 1000 francs d’électricité en plus. Ça bouscule tout notre budget. Il faudra couper dans les achats alimentaires, manger moins de viande.» Elle qui a connu les années prospères de la génération du baby-boom, est venue défendre un modèle d’AVS plus juste. «Avec mon mari, nous avons travaillé à 100% toute notre vie et nous n’avons droit qu’à une rente de 150%. Je ne comprends pas.»

Luisa et Rafael: «On se prive sur la nourriture, l’habillement, les vacances.»

Primes, électricité, inflation alimentaire, retraites. Les quelque 20’000 manifestants réunis ce samedi sur la place Fédérale à l’appel de l’USS font entendre leur ras-le-bol et leur fatigue. Beaucoup représentent la classe moyenne qui se sent de plus en plus prise en étau. Comme Luisa et Rafael, d’Yverdon, la trentaine, elle dans la com, lui ingénieur. Avec leurs deux salaires, ils devraient s'en sortir, et pourtant eux aussi jonglent avec les fins de mois, font des sacrifices. «On se prive sur la nourriture, l’habillement, les vacances.» Luisa travaille pour une ONG qui défend le droit au logement. «Le désespoir des locataires, je le vois tous les jours.» À côté d’eux, le cortège repart aux cris de «On veut du pognon» et «Travail gratuit, c’est fini!»

Colère de la rue

«On sent la colère des gens, constate Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, qui chiffre à 20'000 le nombre de manifestants. Ils sont là en nombre, alors que certains hésitent même à se payer le billet de train pour venir à Berne. En échange de leur travail, les gens s’attendent à pouvoir vivre normalement, payer leurs charges et leurs loyers, s’offrir des vacances et un loisir de temps en temps. Si tout ça n’est plus garanti, ça aura des conséquences très graves pour notre société.»

«En échange de leur travail, les gens s’attendent à pouvoir vivre normalement.»

Pierre-Yves Maillard, président de l’USS

La présence d’orateurs du PS et des Verts, qui ont eux aussi appelé à manifester, donne à ce rassemblement les allures d’un événement de campagne. Le conseiller national socialiste ne s’en défend pas. «Si le parlement ne tient pas compte de cette colère qui monte, il faudra que les gens votent sur les deux initiatives qui peuvent presque tout changer, celle pour une 13e rente AVS et celle pour le plafonnement des primes d’assurance maladie.»

Virginia et Amine arpentent les vide-greniers et ne vont plus au restaurant.

La «récupération politique» de la manifestation n’est pas au goût d’Almado, syndicaliste de Genève. «Je vote PS, mais pour moi les syndicats doivent rester sur leur terrain de la mobilisation. Ce sont eux qui négocient les salaires. Leur indépendance est la clé.»

Faire le plein des votants à gauche?

La lutte pour le pouvoir d’achat qui est en train de s'imposer comme thème de campagne va-t-elle permettre à la gauche de faire le plein des voix aux prochaines élections fédérales fin octobre? Virginia et Amine, leur petite Aaliyah, 2 ans, sur les épaules, en doutent. «J’ai l’impression que les choses ne bougent pas, déplore Virginia. Les gens de droite comme mes parents vont continuer de voter à droite.»

Eux ont vu leur facture d'électricité doubler, arpentent les magasins de seconde main et les vide-greniers pour les habits et les jouets de la petite. «Nous n’allons plus au restaurant, et les vacances, nous les passons dans nos familles, ou nous faisons des échanges de maison, raconte Virginia. On aimerait un deuxième enfant, mais franchement, on hésite…»

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