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ChroniquePourquoi ce virus aime tant Genève?

C’est bien la «deuxième vague» dont on voit la blanche écume perler à l’horizon. Voyez les chiffres et courbes qui donnent corps au virus. Rien de tel pour se faire une idée de sa résurgence que de se plonger dans les sites de «data» pour évaluer la situation globale ou locale.

À la différence de la première, la deuxième vague semble déferler simultanément partout dans le monde. Sur quasi tous les continents sauf l’Afrique, les chiffres s’envolent, les courbes grimpent. Peu d’effet retard. Le virus n’a rien perdu de sa virulence.

C’est aussi vrai pour la Suisse. Ainsi le taux de reproduction effectif qui mesure le nombre d’individus infectés par une personne porteuse du virus n’a jamais été aussi élevé. Et si on descend au niveau local, le tableau a de quoi mettre à vif les nerfs des Genevois.

Un outil du «Tages-Anzeiger» permet de comparer les États du monde entre eux mais aussi avec les cantons suisses. L’indice mesure le nombre de nouveaux cas de Covid-19 pour 100 000 habitants détectés au cours des sept derniers jours. Au jugé, on pouvait penser que la France, les États-Unis, l’Espagne, la Suède ou encore le Brésil détiennent tous les records. En fait, c’est la Belgique qui arrive très largement en tête. La Suisse se situe au milieu de ce groupe. Si on compare ces taux étatiques avec ceux de Genève, cela donne des frissons. Le canton surclasse tous les pays de très loin sauf la Belgique. En d’autres termes, à peu près où qu’il voyage, le Genevois a statistiquement plus de chances de transmettre le virus que de l’attraper.

Entre cantons, la situation n’est guère plus favorable pour les gens du bout du lac. Il n’y a que Schwytz qui vienne ces jours contester la «suprématie» genevoise.

Comment expliquer que Genève décroche record sur record? Bien sûr que de nombreux épidémiologistes patentés, parfois improvisés, ont avancé des explications: densité extrêmement élevée de la population dans un canton-ville voisin de la France, ville internationale, peuple indiscipliné, population plus testée qu’ailleurs, mesures de protection trop tardives… Aucune raison évidente ne se détache. Dans ces cas-là, on aime dire que «c’est un peu tous ces facteurs qui jouent» sans lever le brouillard. Personne ne sait… sinon cela se saurait. Et pourquoi ce Sonderfall alémanique de Schwytz au top de l’infection? Pas d’explications officielles. Serait-ce le festival de yodel des 24-25 septembre vers lequel convergent des traces? Un bataillon de yodleurs qui s’époumonent à gorge déployée, ça crache évidemment bien plus que le Philharmonique de Berlin. Mais ce n’est que spéculations.

Le virus avance masqué. Où, quand, qui, comment va-t-il frapper? La visibilité ne dépasse pas les dix jours. Les épidémiologistes sont aussi démunis que les météorologues pour faire leurs prévisions. Et les politiques sont condamnés à prendre leurs décisions à l’aveugle, exercice de gestion du risque hautement périlleux.

Ils poursuivent un triple objectif: éviter que les hôpitaux ne débordent, éviter de tuer l’économie, éviter de tuer trop de gens. Le tout est une question d’équilibre. Or, en cette deuxième vague, l’équilibre capable de satisfaire une vaste majorité de la population est devenu impossible à trouver. Entre négationnistes du virus et hypocondriaques, le spectre des positions est trop large.

Il est loin le temps du «tous derrière Koch» qui prévalait au début de la première vague. La confiance s’est érodée. Désormais chacun a compris que personne ne sait vraiment.

10 commentaires
    Diafoirus

    "Désormais chacun a compris que personne ne sait vraiment".

    Le savoir commence par l'information et se poursuit par le débat contradictoire.

    Si le savoir piétine c'est peut-être en raison d'un manque de transparence et de débat. Les médias devraient jouer leur rôle pour aller chercher l'infos et la mettre sur la place publique.

    Les chiffres de l'OFSP ne sont pas suffisant, quel est le nb de Ct en laboratoires ? combien de tests positifs entre 20 et 30 Ct, entre 30 et 35 Ct, au delà de 35 Ct ? Mélanger dans des statistiques des personnes très contaminantes, peu contaminantes et non contaminantes est un non sens aussi pour la prévention. Chaque personne testée positive devrait savoir après combien de cycle d'amplification la positivité s'est révélée.

    Quels sont les critères pour un hospitalisation et un décès Covid ? un simple test positif suffit ?