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ChroniqueLa (re)fermeture des clubs et discothèques paraît s’imposer


Pourquoi avoir attendu si longtemps? Les masques auraient pu être rendus obligatoires dans les transports publics en même temps qu’étaient annoncées les mesures de déconfinement. Allier des mesures de protection à des mesures d’ouverture afin que ces dernières puissent se déployer avec le moins d’effets secondaires possibles tombait sous le sens. Mais voilà, le masque était devenu un sujet tabou en Suisse.

Il a fallu quatre mois pour rectifier le tir et reconnaître que le masque est non seulement un sujet, on l’avait compris depuis un moment, mais qu’en plus il est utile, ou plutôt nécessaire dans les espaces de proximité contrainte comme les trams ou bus. Dont acte, enfin! Mercredi dernier, le Conseil fédéral a rendu le masque obligatoire dans les transports publics. Décision logique mais tardive.

«Aucun doute que ces lieux constituent des bombes à retardement»

Inutile, franchement, d’être épidémiologiste ou conseiller fédéral pour faire siens les trois constats suivants: 1. Le masque protège l’autre et soi-même contre les postillons porteurs de virus. 2. Les recommandations de port du masque ne sont pas suivies quand, en même temps, le message général des autorités est au déconfinement actif. 3. Lorsque la hausse des nouveaux cas devient brutale, cela signifie que le virus s’est déjà largement propagé au cours des deux semaines précédentes. Il est alors trop tard pour briser la vague, d’où la nécessité d’anticiper. Telles sont les leçons de base de cette crise.

Bizarre donc que Confédération et cantons (ces derniers avaient le droit d’en décider chez eux) aient autant tardé pour prendre la disposition obligatoire. Il est d’ailleurs probable que la décision aurait traîné davantage encore si la pression cette fois n’était pas également venue des cantons alémaniques comme Argovie, Saint-Gall, Berne ou Zurich où se concentrent le plus de nouveaux cas. Outre-Sarine, ceux qui ont exigé ces jours le masque obligatoire sont souvent les mêmes qui avaient milité pour une accélération du déconfinement. Nouvelle leçon de la crise: le fait de se trouver sur la ligne de front change la perspective, comme avaient tenté de l’expliquer Tessinois et Romands au moment du confinement.

Toute la question aujourd’hui est de savoir si les restrictions décidées mercredi suffisent à mettre la Suisse à l’abri d’un regain coronaviral. Il n’y a évidemment pas de réponse claire. Pourtant, au vu de la situation et du principe de précaution élémentaire, au moins une autre mesure s’impose: la (re)fermeture des clubs et discothèques. Aucun doute que ces lieux constituent des bombes à retardement. Par essence même, une discothèque abolit la distance sociale. On y va pour se rapprocher, on recherche la promiscuité. De plus, les clubbers sont enclins à passer d’une «boîte» à une autre, souvent au cours d’une même soirée. Ce qui ne fait que compliquer encore le traçage plus aléatoire que dans n’importe quel autre lieu public. Bref, un véritable cauchemar de propagation.

La vraie question est donc: pourquoi ne pas fermer les boîtes de nuit? La frustration des jeunes? Navrante bien sûr, mais il ne s’agit pas d’une affaire de survie pour nos sociétés. L’asphyxie des patrons de la nuit? L’État doit les soutenir et les soutient comme tant d’autres établissements au bord du gouffre. La crainte, en cette veille de vacances, de casser l’espoir du retour à la normalité? En réalité, il n’y a pas de thérapie plus déprimante que le nouveau jeu de yoyo auquel sont exposés les Suisses. Autant prendre la décision de fermer les boîtes tout de suite. Puis de tenir le cap.