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Lettre du jourPour un Musée des identités

Laurent Guiraud.

Cologny, 3 avril 

L’intention du nouveau directeur du Musée d’ethnographie de Genève (plus connu sous son hideux acronyme de MEG) de donner un nouveau nom à ce musée suscite des réactions contrastées, voire offusquées. La mise en question des termes dérivés du grec ethnos (= peuple) n’a pourtant rien de nouveau et est bien antérieure à la «cancel culture».

Le hasard a fait que je suis tombé il y a quelques jours sur le discours magistral que le poète et politicien francophone noir Aimé Césaire (1913-2008) avait prononcé le 27 février 1987 à Miami à l’occasion de la première Conférence des peuples noirs de la diaspora. Évoquant la notion d’ethnicité, Césaire s’était prononcé pour «la remplacer par un autre mot qui lui est à peu près synonyme mais dépouillé des connotations forcément désagréables parce qu’équivoques que le mot «ethnicité» entretient.» Ce mot, c’est celui d’identité. Je ne résiste pas au plaisir de citer l’essentiel de sa démonstration: «Je dirais donc non pas «ethnicité», mais identité, qui désigne bien ce qu’il désigne… ce qui donne à un homme, à une culture, à une civilisation sa tournure propre, son style et son irréductible singularité.»

Vive donc le Musée genevois des identités, un mot qui concilie parfaitement à la fois les caractéristiques de toute culture et les traits qui la différencient. Une telle appellation, qui ferait en passant un petit clin d’œil au Musée des confluences de Lyon, pourrait de surcroît se prévaloir d’un parrainage illustre en la personne d’Aimé Césaire, chantre de la négritude.

Georges-André Cuendet

12 commentaires
    Covidame

    Le directeur est-il habilité à changer le nom du Musée ? Il n'en n'est pas le propriétaire. Comment a-t-il fait pour être nommé à ce poste, s'il déteste l'ethnographie à ce point ?