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Commentaire sur Christian Levrat à La PostePour nous, les privilèges

Christian Levrat a les qualités requises pour présider La Poste. Mais sa nomination indispose à plus d’un titre, selon notre correspondante à Berne.

Christian Levrat ne dément pas sa réputation de fin joueur d’échecs. L’ancien président du Parti socialiste suisse se cherchait un avenir politique après dix-huit ans passés sous la Coupole fédérale. L’automne dernier, il a avancé deux pions. Il a pris la présidence du syndicat des douaniers et s’est mis à disposition de son parti pour la course au Conseil d’État fribourgeois. Parce que, disait-il alors, il avait vraiment envie de retrouver le terrain: «Je veux mettre les mains dans le cambouis.»

À la place du cambouis, moins salissant, c’est finalement le lustre du fauteuil qui attend Christian Levrat. Le Fribourgeois deviendra président de La Poste Suisse. Le choix du cœur? Sans doute mais peut-être le stratège a-t-il aussi remarqué que ce n’était pas très 2021, pour son parti cantonal, de présenter une affiche de campagne où un homme, en politique depuis des décennies, a toutes les chances de remplacer la seule femme socialiste du Conseil d’État.

«Pour une formation qui dit vouloir flinguer le copinage et prône la fin du capitalisme, ça indispose!»

Le Fribourgeois a des atouts pour présider le géant jaune: son parcours professionnel et sa grande intelligence plaident en sa faveur. Mais au moment où le Conseil fédéral souhaite privatiser PostFinance et accélérer la numérisation de l’entreprise, son profil syndicaliste laisse songeur. Surtout, la manière dont il a été nommé lasse.

L’histoire de la conseillère fédérale qui propose son ancien collègue de parti à la présidence de La Poste, on la connaît. Ce n’est pas l’apanage du PS. Mais pour une formation qui dit vouloir flinguer le copinage et prône la fin du capitalisme, ça indispose! Au final, l’ancien meneur des grèves deviendra donc un notable avec la bénédiction de sa camarade ministre. Les deux socialistes renvoient dans les cordes le slogan de leur parti: «Pour tous, sans privilèges.» Ils n’ont peut-être pas saisi que le recyclage politique de luxe, ce n’est pas très 2021 non plus.

28 commentaires
    Julien Cavois

    Ce copinage parmi les socialistes n'est pas nouveau. A des échelles moindre, par exemple Madame Géraldine Savary compagne saur erreur du syndic de Lausanne, socialiste lui aussi, a dû démissionner comme parlementaire pour avoir nié tout d'abord puis reconnu ensuite qu'elle avait participé à un voyage en Russie payé par le Consul de Russie, directeur de l'entreprise Ferring ! Or, peu de temps après, elle était nommée Présidente de la commission fédérale de la Poste par Mme Sommaruga ! Un autre exemple, M. Marc Veuilleumier enclin à des difficultés dans sa gestion comme municipal au sein de la ville de Lausanne a été recyclé au Grand Conseil avec l'appui des socialistes et des verts, de même M. Brélaz ancien syndic de la ville de Lausanne comme parlementaire au Conseil National ! Certes, la droite a aussi ses précédents, toutefois elle ne s'est jamais offusquée d'être dénoncée. Cette hypocrisie de la part des socialistes ne les grandit pas et devrait alerter les citoyens de ce pays.