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JusticeL'avocat de Ramadan conteste la notion d'«emprise»

Le nouvel avocat de Tariq Ramadan conteste le rapport d’un psychiatre mandaté par la justice française. L’islamologue est mis en examen pour quatre viols qu’il nie.

Depuis février 2018, l’intellectuel musulman est mis en examen pour «viol» et «viol sur personne vulnérable». AFP
Depuis février 2018, l’intellectuel musulman est mis en examen pour «viol» et «viol sur personne vulnérable». AFP

Le nouvel avocat de Tariq Ramadan, mis en examen pour quatre viols qu’il conteste, a dénoncé mercredi le recours «opportuniste» à la notion d'»emprise» – qu’il aurait exercée sur deux de ses accusatrices-, destinée selon lui à pallier la faiblesse des accusations, après deux ans et demi d’investigations.

«La notion d’emprise est apparue tardivement dans le dossier et de façon opportuniste pour venir suppléer la fragilisation des accusations portées par les plaignantes», a déclaré à l’AFP Me William Bourdon dans sa première prise de parole, au lendemain de la révélation des conclusions d’une expertise cruciale sur le sujet.

Le psychiatre Daniel Zagury, saisi de cette question par les trois juges d’instruction parisiens, estime que les deux premières accusatrices de M. Ramadan ont, en partie sous «emprise», accepté d’avoir des relations intimes avec l’islamologue mais qu’elles n’ont pas consenti aux actes sexuels d’une «extrême violence» qu’il leur a fait subir, selon les conclusions de son expertise consultées mardi par l’AFP.

Deux nouvelles mises en examen

Depuis février 2018, l’intellectuel musulman est mis en examen pour «viol» et «viol sur personne vulnérable», pour les faits dénoncés par ces premières plaignantes, Henda Ayari et «Christelle», respectivement en 2012 à Paris et en 2009 à Lyon. Deux nouvelles mises en examen, pour des soupçons de viols sur deux femmes, en 2015 et 2016, ont été prononcées le 14 février.

Ces femmes, et plusieurs autres entendues par les enquêteurs, ont dit avoir noué une correspondance érotique avec l’islamologue par voie électronique, avant des rencontres sexuelles d’une «extrême violence». Contraint par les investigations de cesser de nier ces rencontres, l’islamalogue plaide désormais des «relations de domination», rudes mais «consenties».

«Il n’y a pas plus contestable que la notion d’emprise. Les plus grands psychiatres, les plus grands juristes ont émis des réserves sur cette notion», désormais invoquée «sans prudence ni discernement» par «effet de mode», estime Me Bourdon, choisi en tant que nouveau conseil de l’islamologue aux côtés de Mes Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, en remplacement de Me Emmanuel Marsigny.

«Les experts n’ont pas à se prononcer ou pas sur le consentement, ce n’est pas de leur mission», rétorque encore l’avocat.

«Les grandes causes citoyennes amènent parfois des effets d’aubaine, des instrumentalisations», poursuit-il, mettant en garde contre le risque de passer du «déni» de la parole d’une femme à celui de son «son hypersacralisation».

Parallèle controversé avec l’affaire Dreyfus

Pour l’avocat, «une femme peut trouver dans un récit de victimisation, un refuge, voire une possibilité d’exposition» ou «une possibilité de se mettre à l’écart d’une scène qu’elle a pu ressentir comme une scène d’humiliation». Mais «une scène d’humiliation ne veut pas dire qu’il y a eu viol ou absence de consentement».

Tariq Ramadan est-il par ailleurs victime d’un racisme antimusulman, comme il l’avance dans son dernier livre? Dans l’ouvrage, il dresse aussi un parallèle controversé entre son cas et l’affaire Dreyfus, retentissant scandale de la fin du XIXe siècle mêlant erreur judiciaire et antisémitisme.

«Ces mots, qui sont ceux de Tariq Ramadan, ne seront pas les miens», prévient Me Bourdon. «Je n’ai aucune raison de penser qu’il a fait l’objet d’un traitement judiciaire délibérément à charge».

«Mais il y a une dimension de chasse à l’homme dans ce dossier qui est insupportable», ajoute l’avocat, selon lequel «nous établirons un jour (…) l’innocence de Tariq Ramadan».

AFP/NXP