Pour avoir prôné l’adhésion à l’UE, Joseph Deiss est menacé de mort

Discours de haineL’ancien conseiller fédéral est la cible d’attaques violentes, alors que l’UDC fait des liens entre le nazisme et l’Union européenne.

L’ancien conseiller fédéral PDC Joseph Deiss est la cible d’attaques violentes sur les réseaux sociaux.

L’ancien conseiller fédéral PDC Joseph Deiss est la cible d’attaques violentes sur les réseaux sociaux. Image: Keystone

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«Ce type a besoin d’une balle dans la tête.» Postée par un internaute sur la page Facebook des Jeunes UDC, cette réaction virulente fait suite à un entretien donné par Joseph Deiss. L’ancien conseiller fédéral PDC a défendu l’adhésion à l’Union européenne (UE) dans le cadre d’une entrevue publiée mardi dans les journaux de CH Media. Le Fribourgeois estime que la Suisse gagnerait en souveraineté en entrant dans l’UE. «À une époque, de tels traîtres à la patrie étaient exécutés», commente ouvertement un deuxième internaute sur Facebook.

Faut-il admettre que l’on puisse être menacé en Suisse pour le simple fait de prôner l’adhésion à l’UE? Jolanda Spiess-Hegglin tire la sonnette d’alarme. Directrice de #NetzCourage, une association qui se bat contre les discours de haine sur internet, elle a invité le président du PDC, Gerhard Pfister, à porter plainte. Mais le Zougois n’est pas chaud: «Je ne pense pas qu’il faille donner encore plus d’attention à ce genre de fous. J’ai fait assez d’expériences moi-même avec de telles personnes», a réagi sur Twitter celui qui est aussi l’un des rescapés de la tuerie de Zoug en 2001. Quant au principal concerné, Joseph Deiss, il n’a pas retourné nos appels jeudi.

«La ligne rouge franchie»

«Ne pas porter plainte contre de telles menaces, c’est fatal, estime Jolanda Spiess-Hegglin. Les discours de haine ont toujours pour objectif de faire taire des concurrents politiques. Et ils ne figurent pas que sur des pages personnelles, mais aussi sur les pages de partis. C’est grave. Le fait que les politiciens centristes comme Gerhard Pfister l’ignorent, et que la Confédération n’agisse pas davantage est un gros problème.»

Pour le Vaudois François Cherix, il serait coupable de penser que ces commentaires résultent de quelques individus excités ou maladroits. Et le fait que ces menaces prennent place sur le terrain européen n’étonne pas le coprésident du Nomes, mouvement qui défend l’adhésion à l’UE. «Nous assistons à une longue dérive qui a commencé il y a quelques années. Au début, la Suisse s’est développée dans l’idée que ce qui nous réunissait, c’est d’être europhobes. Maintenant, on a franchi des lignes rouges, avec des menaces et des propos violents. Et il y a aussi ces propos qui assimilent l’UE à l’Allemagne nazie, ce qui est extrêmement choquant.»

Les menaces adressées à l’encontre de Joseph Deiss s’inscrivent en effet dans une séquence politique particulière. Le 29 juin dernier, lors de l’assemblée des délégués de l’UDC à Orbe, le président Albert Rösti a comparé dans son discours d’ouverture l’attitude du Conseil fédéral face au régime nazi d’avant-guerre au comportement du gouvernement actuel face à l’UE.

Le chef de campagne alémanique Adrian Amstutz a enchaîné avec un discours que l’on peut visionner sur YouTube. Il dit précisément ceci: «Contrairement à la Suisse, l’Union européenne a une histoire dictée par le haut, par des structures centralisées, résultant de monarchies et d’autres systèmes non démocratiques. Et c’est encore dit très poliment: je vous rappelle le cas de l’Allemagne nazie.» Repeindre l’histoire de l’UE et sa mission de pacifier le continent – qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2012 – pour en faire l’héritage des nazis: le procédé est grave aux yeux de François Cherix. «Lorsque des leaders populistes font des attaques, ils déplacent les lignes de tolérance au sein de la population.»

Interrogée sur la responsabilité de l’UDC dans cette escalade, Silvia Bär, No 2 du secrétariat central, répond: «Je ne sais pas de quel genre de messages sur Facebook vous parlez. Mais, de façon générale, la couverture médiatique unilatérale dans le dossier européen a probablement une grande influence sur la frustration de nombreuses personnes qui ne se sentent plus représentées dans leurs opinions.»

François Cherix appelle les responsables politiques des autres partis à réagir: «La violence dans le propos peut induire la violence dans les actes.» Jolanda Spiess-Hegglin abonde: «De telles réactions doivent nous alarmer. Elles rappellent le cas Walter Lübcke en Allemagne.» Walter Lübcke, c’est cet élu chrétien-démocrate assassiné le 2 juin dans sa ville de Kassel. Le meurtrier, un extrémiste de droite, a reconnu avoir voulu se venger après que Lübcke a expliqué dans la presse les valeurs humanitaires qui, selon lui, doivent primer dans la politique d’asile. Le politicien est mort d’une balle dans la tête.

Créé: 11.07.2019, 20h52

L’affaire met des UDC dans l’embarras


Le soleil écrase l’esplanade du château d’Orbe (VD), en ce 29 juin. L’UDC réunit ses troupes dans une ambiance festive. Alors que les délégués écoutent les discours en allemand des ténors, c’est la stupeur pour cet élu du parti. «Je me suis dit: j’ai dû mal comprendre. A-t-on vraiment cité Hitler et les nazis?»

Le conseiller national Jean-Pierre Grin (UDC/VD), lui, n’a pas entendu le discours, mais il est clair: «C’est maladroit. Le nazisme n’a rien à faire dans un discours électoral. Jamais je n’aurais osé.» Son collègue Michaël Buffat (VD) parle d’une comparaison malheureuse, «pas saine dans le contexte actuel».

Mais, jeudi, dans le «Bund», Albert Rösti persistait: «Lisez mon discours attentivement. J’ai dit qu’il y avait des similitudes dans les comportements du Conseil fédéral, mais en insistant sur le fait que les contextes historiques étaient totalement différents». Adrian Amstutz, lui, n’a pas retourné nos appels.

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