Vingt-cinq ans que Sarah Marquis marche seule, oubliant ses peurs

PortraitÀ l’occasion d’une conférence jeudi à Lausanne, l’aventurière jette un rare regard en arrière sur tout le chemin parcouru.

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En plus d’être courageuse, lumineuse, bornée et inspirante, Sarah Marquis est surtout une femme-caméléon. C’est cette capacité qui lui permet de si bien s’adapter à tous les environnements qu’elle visite, en général sans s’y arrêter trop longtemps. Ainsi, avec son élégant col roulé marine et sa cascade de boucles, elle semble parfaitement à l’aise dans le lobby d’un palace, même si on perçoit assez rapidement que rester tranquille lui pèse autant que sa chienne Dolce «pour Dolce Vita, hein, pas la marque de luxe!» précise l’aventurière.

Si la Jurassienne a accepté de quitter son minuscule nid valaisan perdu en pleine nature en cette matinée de janvier, c’est pour promouvoir la conférence lausannoise qu’elle donnera ce jeudi. Une présentation qui l’oblige à faire quelque chose dont elle avoue ne pas avoir l’habitude: jeter un regard dans le rétroviseur et remonter dans sa tête tous ses pas parcourus. «Quand je marche, je ne regarde jamais en arrière, avoue-t-elle. Ça m’empêcherait de pleinement vivre l’instant présent et ça, c’est primordial. J’ai passé suffisamment de temps seule pour réfléchir à mon rapport au temps. Si je suis perdue dans mes souvenirs ou au contraire si je me projette dans une volonté d’anticipation, je passe à côté de plein de choses. J’ai besoin d’être connectée à l’instant présent et j’utilise cette connexion comme un outil. Mais j’avoue qu’il m’a fallu des années pour comprendre ça, pour comprendre que ce qui importe ce ne sont pas les pas, mais le silence entre les pas.»

Aventurière, conférencière et écrivaine

À côté de son nom, on trouve toujours les mots aventurière, conférencière et écrivaine. C’est cette dernière casquette qu’elle a le plus de peine à enfiler. «Et pourtant, j’en suis à mon huitième livre qui sortira à la fin de l’année. J’ai décidé que ce serait une fiction d’aventures initiatiques avec une femme comme héroïne. Mais pour moi, écrire c’est de la torture. Mais c’est aussi ma manière de léguer quelque chose aux autres. Je n’ai jamais fait de documentaire. J’ai un lien très fort au livre, à l’objet et les mots marquent beaucoup plus quand on les lit. Je dois me forcer à pondre mes quatre pages par jour, sinon je m’interdis de sortir. Rigidité égale liberté! (rires)»

La discipline qu’elle s’impose, elle ne l’a pas apprise de ses parents, qui la laissaient allègrement grimper aux arbres dès son plus jeune âge. Et c’est tant mieux, parce que Sarah Marquis n’est pas devenue aventurière: c’est quelque chose d’inné chez elle. «Ma mère a eu la sagesse de toujours me proposer le choix entre deux options. C’est gratifiant pour un enfant d’avoir l’impression de pouvoir décider.» Studieuse, curieuse de tout, elle excelle à l’école. «Quand je ne crapahutais pas dehors, je passais mon temps avec un livre. En grandissant dans mon petit village jurassien paumé au fond d’une vallée, j’attendais le passage hebdomadaire du Bibliobus avec impatience.»

Lier l’humain à la nature

À force d’entendre parler de ses aventures plongée dans la nature, parfois même en mode de survie, on imagine aisément la quadra en porte-drapeau verte. Certes, elle est amoureuse folle de la planète, mais c’est surtout de l’humain dont elle aime parler. «En 2013, après mes trois ans d’expédition, je suis arrivée sous mon arbre et j’ai eu un déclic: ma mission de vie, c’est de lier l’humain à la nature, comme un pont. J’ai envie de pousser l’Homme à se reconnecter à ses pouvoirs: on est tous des supermen et des superwomen. Cette mission m’aide à être multiple: très féminine en société et sauvage en expédition. Une transformation que j’ai dû apprendre. À mon premier retour d’aventure, il m’a fallu trois mois dans mon chalet pour revenir à la civilisation. À l’heure actuelle, je peux vivre dans la nature sans rien. C’est ça la véritable liberté.»

Une vie libre, qui a sans doute dû être sans cesse accompagnée du même refrain, sous forme de question et ce dès l’adolescence: mais quand vas-tu faire un vrai métier? «Je suis «National Geographic Explorer» et j’en suis très fière. Il m’a fallu vingt-cinq ans pour y arriver et c’est mon diplôme à moi. La National Geographic Society, c’est une sorte de dinosaure institutionnel et on doit sans cesse faire ses preuves pour en faire partie. Gamine, j’économisais chaque pièce pour m’acheter ce magazine de référence. Être reconnue par eux et faire partie de cette société mythique depuis 2014 est ce dont je suis le plus fière. J’ai réalisé le rêve de cette petite fille que j’étais.»

Encore plein de rêves

Et pourtant, des rêves, ou plutôt des appels qui viennent de l’intérieur, l’exploratrice en a encore plein. Elle fait confiance à son instinct au moment de choisir sa prochaine destination. Quelque chose la titille et soudain tout semble se mettre en place. «À chaque fois que j’entreprends quelque chose, je me demande: est-ce que tu es juste, là? Est-ce que tu sers ta cause? Je n’ai pas envie d’aller faire «Danse avec les stars» ou de répondre positivement à toutes les demandes de faire une émission de survie toute nue dans la forêt. Ça ne m’intéresse pas!»

Elle reste intransigeante sur ce qu’elle accepte de faire ou pas. Même si l’équipe du «National Geographic» aimerait la mettre plus en avant, elle refuse les shows télé. Tout comme elle désire un droit de regard sur l’équipe médiatique chargée d’immortaliser ses exploits. «Ma cheffe insistait pour qu’un photographe m’accompagne dans le Kimberley. J’ai dit: OK, mais cinq jours et il faut qu’il soit supermignon! Le jour J, je vois l’hélicoptère qui s’approche. J’attends impatiemment que les pales s’arrêtent de tourner et là… il y a une femme qui sort! La vengeance absolue! Aujourd’hui, elle est pourtant devenue une de mes meilleures amies.»

Créé: 21.01.2020, 10h08

Bio express

1972
Naissance à Delémont.

2000
Première randonnée solo de 4260 km du nord au sud des États-Unis.

2002
Traversée de l’Outback australien: 14000 km.

2006
7000 km le long de la cordillère des Andes, du Chili au Machu Picchu.

2010
Départ d’une aventure extrême en solo sur 1000 jours et 1000 nuits, de la Sibérie à l’Australie, qui durera jusqu’en 2013.

2014
Nommée Aventurière de l’année, elle rejoint le prestigieux groupe des National Geographic Explorers.

2015
Expéditions en mode survie dans le Kimberley australien puis en Tasmanie (2018).

2020
Écriture de son huitième livre (Éd. Michel Lafon).

Crowdfunding pour la faune australienne

Bien évidemment que les feux qui ravagent l'Australie ne pouvaient pas laisser Sarah Marquis indifférente, elle qui a tant exploré ce pays sous toutes ses coutures.
C'est pour cela qu'elle a mis sur pied son propre crowdfunding pour en venir en aide à la faune australienne. «Je ne pouvais pas rester sans rien faire. J'ai donc monté cette opération rapidement afin de soutenir trois centres en Australie. Là-bas, tout coûte cher et les vétérinaires ont besoin de matériel s'ils veulent sauver toute cette faune.»

Infos pratiques

Lausanne, Salle Métropole
Je 23 janv. (20h)
Infos et billets sur www.ticketcorner.ch

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