Simon Ntah: le samouraï du prétoire

PortraitA l’âge de 24 ans, il est sorti premier du Concours Michel Nançoz, comme du Concours international d’éloquence Paris-Montréal.

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Il roule en skateboard dans son étude, plaide au tribunal en baskets, jeans et sans cravate sous la robe. Avec Simon Ntah, 36 ans, l’avocat genevois n’a plus rien du ténor guindé. «L’apparence n’a aucune importance pour moi. Ce qui compte, c’est de se concentrer sur le fond», remarque l’avocat de la famille d’Adeline M., au lendemain de l’ajournement du procès du meurtrier présumé de la sociothérapeute.

La voix calme, le verbe concis, Simon Ntah, l’un des six associés de l’étude Ochsner, sort les griffes en audience. Ses remarques acerbes adressées aux deux experts psychiatres français les ont fait trébucher. Estime-t-il avoir une part de responsabilité dans l’ajournement surprise du procès décidé par le tribunal? «Je ne pensais pas que les juges allaient faire sauter cette expertise, mais c’est la solution la plus logique s’ils veulent pouvoir se poser la question de l’internement à vie.» Une réponse habile pour ce brillant pénaliste, spécialiste du contentieux et de la criminalité économique, qui peut défendre aussi bien un gestionnaire de fortune accusé de fraude qu’un tueur à la casserole.

A l’âge de 24 ans, il est sorti premier du Concours Michel Nançoz, comme du Concours international d’éloquence Paris-Montréal. Plus jeune, celui qui s’imaginait chirurgien, sa maturité scientifique en poche, s’est très vite intéressé à l’injustice, réalisant un travail de matu sur les droits civiques aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcom X l’ont guidé. La citation de ce dernier l’inspire toujours: «L’éducation est un passeport pour l’avenir, car demain appartient à ceux qui s’y sont préparés aujourd’hui.»

«L’échec n’était pas une option»

La recherche de l’excellence est ancrée chez Simon Ntah depuis l’enfance, que l’on devine peu insouciante. Son père camerounais a bénéficié des premières bourses d’Etat pour étudier le droit dans les années 60 en France, «à une époque où l’on injuriait les Africains dans la rue». C’est à Genève qu’il a rencontré sa future épouse, une secrétaire d’origine suisse alémanique, avec qui il a eu un fils unique. Mais voilà, la famille est longtemps restée écartelée. Redevable à son pays, il a dû rentrer au Cameroun, où il a occupé un poste de directeur auprès du Ministère de l’information et de la culture. «Jusqu’à l’âge de 12 ans, je n’ai vu mon père que pendant les vacances. Puis il a choisi de démissionner pour nous rejoindre en Suisse. Il souhaitait que je devienne avocat ou médecin», résume Simon Ntah. Sacrée pression pour un enfant. «L’échec n’était pas une option», glisse-t-il sans rien livrer de ses émotions.

Code d’honneur du samouraï

A-t-il souffert de ses origines? «Je ne pourrais pas dire que non. En fait, avec l’âge c’est devenu une force et je l’ai revendiqué encore plus. Le fait de voir Barack Obama devenir président des Etats-Unis nous a montré que tout était possible.» Avant cette élection, Simon Ntah a passé un an sur la côte ouest pour réaliser un postgrade de droit comparé. Et accessoirement profiter de la vie californienne avec Nadia, également avocate. Ensemble, ils ont eu Calvin, 4 ans, et Naomi, 2 ans. Et ensemble, ils essaient «de trouver un équilibre de vie».

Equilibre, ce mot revient souvent dans la bouche de Simon Ntah, à la fois protestant «très croyant» et adepte des sports de combat, fin connaisseur du code d’honneur du samouraï. Le trentenaire pratique le jiu-jitsu brésilien, une discipline cousine du judo qu’il a exercé plus jeune avec Pierre Ochsner, devenu son mentor. Sous ses airs calmes, Simon Ntah est un offensif: «J’aime la confrontation d’idées. Seulement avec l’âge, j’apprends à avoir tort», sourit-il avec retenue.

Son parcours trouve finalement tout son sens dans une image exposée devant son bureau et qu’il commente: «Ce lion plein de cicatrices a vécu. Il n’a rien à prouver à personne. Il est serein. C’est un objectif à atteindre un jour.»

Un lion plein de cicatrices et serein trône dans le bureau de Me Simon Ntah. L’image n’est pas anodine. GEORGES CABRERA (TDG)

Créé: 20.10.2016, 14h24

Bio express

14 mai 1980 Naissance à Genève.

2 décembre 1992 Son père vient vivre avec lui et sa mère à Genève.

2006-2007 Il réalise un postgrade de droit comparé à San Diego.

Novembre 2008 «Barack Obama devient le premier président noir des Etats-Unis. Tout est possible.»

11 septembre 2010 Mariage à Veyrier.

1er septembre 2011 A 31?ans, Simon Ntah devient associé dans l’étude Ochsner.

2012 et 2014 Naissance de son fils Calvin, puis de sa fille Naomi.

Octobre 2016 Avocat de la partie civile au procès de Fabrice A

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