Au Rosey, l'ingénieur éveille les enfants des puissants

PortraitChristophe Gudin, fils de l’ancien directeur et ex-interne féru de nouvelles technologies, occupe depuis trois ans le fauteuil de son père avec des idées neuves.

Héritier du siège de directeur, Christophe Gudin veut faire entrer les nouvelles technologies au Rosey.

Héritier du siège de directeur, Christophe Gudin veut faire entrer les nouvelles technologies au Rosey. Image: Florian Cella

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La fleur photovoltaïque qui déploie ses pétales devant le bureau de Christophe Gudin trahit l’attrait du directeur de l’Institut Le Rosey pour les nouvelles technologies. Assis depuis 2015 dans le fauteuil du père, Philippe, l’ingénieur de 33 ans semble chez lui à Rolle. «J’ai toujours profondément aimé Le Rosey, sinon je n’y serais pas revenu, lâche l’ancien interne. En moyenne, les directeurs y siègent trente-cinq ans. Je suis là pour un bon moment.» Le sourire est franc, sans être excessif, les yeux rieurs, cerclés de lunettes discrètes. On comprend que, dans cette école de l’excellence – quelque 30% des 400 élèves accèdent chaque année au top 15 des meilleures universités du monde – la retenue est une qualité primordiale.

Foulard des anciens «Roséens» autour du cou, Christophe Gudin nous reçoit en costume, cravate et mocassins, même si c’est les vacances. L’ancien étudiant en systèmes de communication à l’EPFL a laissé la place au membre de la Young Presidents’ Organization (YPO), réseau international de jeunes patrons influents. Mais le costard n’est pas un costume. «Dans un internat, vous êtes obligé d’être assez naturel. Ceux qui essaient de jouer un rôle ne tiennent pas longtemps.» L’ancien comédien amateur ne pratique plus cette discipline. Il avoue pourtant, avec l’air coupable du petit garçon, qu’il en fait «encore un peu»… «Je fais le guignol tous les lundis, lors des assemblées de l’école.» Sur les planches du Paul & Henri Carnal Hall, l’«ovni» argenté de Bernard Tschumi, les élèves répètent en ce moment «Le bourgeois gentilhomme». «C’est mon influence. J’apprécie les grands textes, de Molière à Stefan Zweig.» Le directeur, qui ponctue son phrasé de liaisons littéraires, ne désespère pas de trouver le temps d’endosser un rôle lors d’une prochaine pièce.

Le Genevois est aussi violoncelliste, mais a arrêté par manque de régularité. Et il a rangé son brevet de pilote de petits avions par conscience écologique. «Je recommencerai avec les avions électriques», dit celui qui roule en Tesla Model S. Moins optimiste sur l’avenir de la planète que Peter Diamandis, «un utopiste fou qui prévoit un monde d’abondance grâce à la technologie», il en dévore toutefois les newsletters. «Mon bilan carbone n’est pas génial, c’est vrai.» Il revient tout juste de la Silicon Valley, où il accompagnait un groupe d’élèves. Plus tôt dans l’année, il était au Kenya, pour comprendre l’écosystème d’une réserve massaï, ou en pleine mer, pour étudier la biologie marine. Ces voyages d’études lourds en kérosène, destinés à «faire découvrir des mondes» aux jeunes, ne sont pas incompatibles avec son statut de père – Leila a 1 an et demi «et la deuxième est en route» – et de directeur, estime-t-il. «On a une transmission à faire.» Le Rosey mange bio ou local, fait son miel, nettoie sans produits chimiques, chauffe au gaz naturel.

Technologie et vieille école

Des panneaux solaires sont aussi installés sur l’internat. «Ils sont peu visibles, car Christophe trouve ça «hideux», rigole Aurore Amaudruz. Mais c’était le premier à dire que lorsque les tuiles solaires seront au point, il en mettra partout.» La fondatrice d’Amaudruz Énergies a aussi planté la «Smartflower» devant le bureau. Ancienne camarade d’études devenue amie, elle parle de ce «garçon de bonne famille», un peu «vieille école», avec admiration. «Christophe est réellement passionné de nouvelles technologies et veut y familiariser ses étudiants. Si une école comme celle-là n’est pas pionnière, qui le sera?» D’ici à 2020, Le Rosey devrait voir pousser dans son parc un nouveau bâtiment dédié aux sciences et à l’entrepreneuriat. Et le jeune directeur a «l’immense espoir» de faire entrer l’intelligence artificielle dans l’école pour les branches de base. La start-up qu’il avait lancée au sortir de l’EPFL, Cyb’Education, explorait déjà les technologies éducatives.

La tension entre avenir et tradition est omniprésente chez Christophe Gudin. «Catholique pratiquant», comme son père qui a fait ériger la petite chapelle sur le campus, il estime que la spiritualité ajoute «une dimension philosophique importante dans la formation de l’adolescent». Il a fait baptiser Leila, avec la bénédiction de son épouse Maryam, agnostique. À côté des revues spécialisées telles que «Wired», il relit Gide. Et il insiste: cette direction et propriété familiale héritée – ses frère et sœur aînés n’en voulaient pas, tandis que sa sœur cadette gère la Fondation du Rosey – ne sont «pas un poids, mais une chance, en réalité. Cela permet d’avoir une vision à très long terme.» Il admet toutefois que son passage dans le célèbre cabinet de conseil McKinsey – il acquérait dans le même temps, avec mention, un master en business administration entre Singapour et Paris – a été «essentiel» et lui a beaucoup appris. «C’était important de voir autre chose, je voulais avoir le choix.»

Pourtant, selon Jean-Claude Pesse, enseignant de sport au Rosey depuis 1979, «si ça devait en être un qui reprendrait, c’était lui». Il reconnaît aux directeurs père et fils «l’intelligence de cœur». Et ajoute, évoquant son élève: «Il n’était pas très sportif mais s’arrangeait pour suivre ses camarades aux matches en tant que reporter! On peut dire qu’il a la fibre de l’amitié.» Le jeune directeur (il l’était à 30 ans) se dit encore l’ami de ses élèves, mais sait faire respecter aux enfants de rois et de célébrités des règles strictes de conduite. Lui-même était «très sage», avoue-t-il. «Faire une bêtise, avec un père directeur, aurait été une double offense.» Ses filles sont-elles de futures Roséennes? «A priori oui», sourit-il. Elles prendront donc leurs quartiers sur le 2e campus fondé il y a cinquante ans à dix minutes de marche du site historique. À moins que le directeur ait d’ici là mis les filles au centre du Rosey. «J’ai plusieurs fois proposé d’inverser les campus, même elles n’ont pas voulu!» (TDG)

Créé: 31.10.2018, 10h31

Bio express

1985 Naissance à Genève. Date précise connue de la rédaction, mais peu prudente à publier selon le spécialiste de cryptographie. «C’est un vieux réflexe…» Grandit à Versoix.

1992-2003 Scolarité au Rosey, avec ses parents à la direction.

2003 Entre à l’EPFL, où il obtient un master en systèmes de communication.

2009 Fonde la start-up Cyb’Education, qui conseille dans les nouvelles technologies éducatives.

2010 Engagé chez McKinsey. Y reste deux ans. «Un des endroits où j’ai le plus appris.»

2013 MBA avec mention à l’INSEAD. Retour au Rosey, comme directeur adjoint, aux côtés de son père Philippe.

2015 Reprend la direction.

2017 Naissance de Leila. Une petite sœur suivra en 2019.

Horizon 2028 Construction d’un bâtiment dédié aux sciences et à l’entrepreneuriat, puis arrivée probable de l’intelligence artificielle au Rosey, pour l’enseignement des connaissances de base.

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