Il rend les affiches immortelles

PortraitL'ancien directeur de la Bibliothèque de Genève, Jean-Charles Giroud, consacre sa retraite à l'histoire des affiches suisses

Rencontre avec Jean-Charles Giroud, spécialiste des vieilles affiches de pub.

Rencontre avec Jean-Charles Giroud, spécialiste des vieilles affiches de pub. Image: Laurent Guiraud

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Le rendez-vous était donné à la cafétéria du Musée d’art et d’histoire: fermé jusqu’à 11h. Jean-Charles Giroud opte alors pour la tranquillité du café du Bourg-de-Four et la discrétion d’une table du fond. «Il n’y a pas de hasard, sourit le sexagénaire en découvrant l’affiche apposée au mur du bistrot. Je la connais bien cette image, elle est d’Henry van Muyden.» On y voit Jean Calvin qui s’entretient avec Théodore de Bèze à la sortie de l’auditoire devant la cathédrale. Derrière eux, une foule d’étudiants sortent de cours. Deux inscriptions complètent le tableau: «Université de Genève - Bazar du Jubilé 1909». Un autocollant récent a été collé sur le cadre; il renvoie à l’un des innombrables ouvrages de Jean-Charles Giroud.

«Historien d’affiches»

Le sexagénaire n’a jamais compté le nombre de ses publications, par humilité et car il ne considère pas avoir travaillé pour lui mais «pour la collectivité». Dans son dernier livre, il recense les posters publicitaires de Martin Peikert (Patrick Cramer Editeur, 2014). Il planche désormais sur une Histoire de l’affiche suisse et sur un ouvrage synthétisant l’œuvre de l’artiste Hans Erni, «un homme remarquable, un grand ami». Depuis qu’il a pris sa retraite de la direction de la Bibliothèque de Genève, Jean-Charles Giroud s’est attribué le titre d’«historien d’affiches». Un titre qui résume autant sa passion que sa carrière.

Sa passion pour l’affiche, le natif de Martigny la découvre par hasard. Fils d’un mécanicien-dentiste et d’une mère au foyer «Valaisans jusqu’au bout des ongles», Jean-Charles Giroud débarque à Genève à 19 ans pour étudier la psychologie. «Je me souviens de mon arrivée un soir, d’avoir vu la rade illuminée, et de m’être dit: j’ai vraiment beaucoup de chance.»

Nous sommes en 1971, l’esprit de Mai 68 flotte encore dans les couloirs de l’Université. «Un monde de liberté, une époque bénie.» A cette époque, Jean-Charles Giroud découvre aussi les vieux livres vendus entre la rue de la Cité et le Bourg-de-Four et chez Monsieur Jullien. Et rencontre sa future femme, Lè Ngoc, l’une des «belles Vietnamiennes» venues étudier en Suisse. Jeune marié, il travaille comme assistant à l’Université avant de décrocher un poste de conservateur à la Bibliothèque de Genève, encore appelée Bibliothèque publique universitaire, dirigée par Paul Chaix. «J’y suis rentré en 1977 et sorti en 2012, résume Jean-Charles Giroud. J’ai pris du plaisir dans mon travail du premier au dernier jour.»

L’image, miroir de la société

A son arrivée à la bibliothèque, on lui remet la responsabilité de la collection d’affiches «existante mais embryonnaire». Jean-Charles Giroud n’aura de cesse que de la compléter. Aujourd’hui, le catalogue collectif suisse des affiches compte 50 000 modèles, notamment grâce à lui. «La Suisse a développé un graphisme et une typographie exceptionnelle, rappelle-t-il. A tel point que le Conseil fédéral a demandé de les faire inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.» L’analyse de l’image fascine également l’ancien étudiant en psychologie. «Les affiches possèdent un caractère éphémère, mais si elles sont toujours là après cent ans c’est parce qu’elles doivent frapper l’imaginaire.»

Travailler sur l’histoire des affiches équivaut à travailler sur l’histoire de la société. «Les affiches sont le miroir d’une l’époque, elles sont porteuses de modèles mais aussi de tout ce qui fait le mal-être de l’homme – son désir de jeunesse, de beauté, d’argent et de vie facile. Et ça aussi, il faut l’aborder.» La tâche est titanesque, mais «désormais, j’ai du temps pour faire de la rechercher en archives et creuser: ce qui m’avait toujours manqué», se félicite le retraité. (TDG)

Créé: 22.01.2015, 18h27

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