La pasionaria Amélia Christinat fête ses 90 ans

PortraitLa militante socialiste, à l’accent chantant comme le patois de son Tessin natal, a souvent fait parler d’elle.

La bouillonnante militante féministe a été fêtée par ses camarades socialistes genevois (ici, Manuel Tornare). 
PIERRE ABENSUR

La bouillonnante militante féministe a été fêtée par ses camarades socialistes genevois (ici, Manuel Tornare). PIERRE ABENSUR

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André Chavanne, figure de l’Ecole genevoise, l’a surnommée «la pasionaria». Une appellation dont elle est «fière» et qui lui va à merveille, tant Amélia Christinat a défendu de nombreuses causes… celle des femmes avant tout!

La militante socialiste, à l’accent chantant comme le patois de son Tessin natal, a souvent fait parler d’elle depuis son arrivée à Genève en 1946. Le caractère extraverti de cette féministe, avec ses larmes et ses rires, a été déterminant dans l’avènement de sa popularité. Amélia Christinat a ainsi beaucoup pleuré lors de l’échec à l’élection au Conseil fédéral de la première candidate socialiste, Lilian Uchtenhagen, battue par Otto Stich en 1983. Puis beaucoup ri, en septembre 2010, après l’élection d’un gouvernement suisse à majorité féminine. «C’est un moment d’histoire suisse que je ne veux rater sous aucun prétexte», s’enthousiasmait-elle, dans les couloirs du Palais fédéral, juste avant cette grande première.

La politique, son moteur

Aujourd’hui, Amélia Christinat n’apparaît plus guère dans les médias. Mais alors qu’elle vient de fêter ses 90 ans, elle n’en demeure pas moins accro à la politique genevoise et suisse. «Ne lui téléphonez surtout pas à l’heure du TJ, s’amuse une proche. Vous ne serez pas bien reçu!»

La politique, son unique raison d’exister? Une chose est sûre: c’est avec ses camarades du Parti socialiste genevois, auquel elle a adhéré en 1961 - ndlr: soit peu après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité pour les femmes à Genève (mars 1960) - qu’elle vient de célébrer son bel âge. Des camarades qui ont vanté «un parcours exceptionnel». Voyez plutôt! Fille d’Eugenio Petralli, chaudronnier, et de Maria-Maddalena Minuzzi, paysanne de montagne, Amélia Christinat fut l’une des premières femmes élues dans un Législatif communal, cantonal et fédéral.

Née dans un milieu «très pauvre», elle en a fait du chemin la jeune couturière diplômée de l’Ecole professionnelle de Lugano! D’abord ouvrière chez Tavaro SA, puis fonctionnaire à l’Office des chèques postaux, elle milite comme syndicaliste, s’engage pour l’obtention du suffrage féminin et participe à la création de la Fédération romande des consommatrices, aux côtés de l’ancienne syndique de Lausanne Yvette Jaggi.

Première socialiste genevoise à accéder au Conseil national en 1978, Amélia Christinat a eu droit à son heure de gloire cinématographique, en 2011, dans le film de Stéphane Goel «De la cuisine au parlement». Elle aurait préféré «De l’usine au parlement»… même si «je ressortirai du trou qui m’attend au cimetière, dit-elle, pour manger de la vraie polenta tessinoise. Il faut la cuire longtemps.»

Une tronche, une gouaille

Une vie bien remplie qui ne l’a pas empêchée d’épouser Emile Christinat, administrateur postal de 17 ans son aîné, en octobre 1949. Six ans plus tard, ils seront comblés par la naissance de Nadia. Le décès de son mari, en 1994, l’a beaucoup affectée, mais elle est restée dans leur appartement du quai du Seujet. Elle s’y nourrit des bons souvenirs, des vacances à l’île d’Oléron notamment, où «nous avons passé tant d’étés si heureux en famille».

La nonagénaire a aussi conservé sa tronche et sa gouaille légendaires qui l’ont aidée à accéder au rang de personnalité suisse. Chapeau alors qu’elle a dû attendre ses 45 ans pour voter au niveau national. Auparavant, elle accompagnait son époux devant les locaux, profitant de ces occasions pour dénoncer l’injustice: «Le plus dur était de convaincre les femmes hostiles au suffrage féminin.»

Amélia Christinat, elle, n’est pas près de cesser d’honorer ce droit. La fidèle socialiste se passionne actuellement pour les débats télévisés sur le 2e tube du Gothard… ce tunnel qui la rapproche des années de son enfance, de ses parents et de sa sœur Orfelia.

(TDG)

Créé: 05.02.2016, 19h23

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